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Recensions de livres

Chaque mois, dans la revue diocésaine Communications, l'abbé Bruno Robberechts propose une sélection de quelques livres sortis récemment. Vous trouverez ci-dessous les dernières recensions publiées...

Évangile et tradition rabbinique

Michel Remaud, Évangile et tradition rabbinique, nouvelle édition revue et augmentée, préface d'Anne-Marie Pelletier, Lessius, Namur, 2018.

Des motifs évangéliques, des arguments pauliniens, des affirmations de la lettre aux Hébreux reçoivent une intelligibilité nouvelle lorsqu'ils sont lus sur fond des traditions premières du judaïsme. La nouveauté du Christ apparaît ainsi dans une lumière nouvelle – réfractée dans la vigilance interprétative – du peuple juif. L'auteur nous montre en dix-sept étapes comment la tradition rabbinique est un maillon indispensable dans la dynamique d'interprétation qui va de l'Ancien au Nouveau Testament.
L'ouvrage, paru initialement en 2003, était épuisé et a été revu pour cette nouvelle édition. Pour faciliter la lecture, un lexique reprend en fin de volume quelques termes de la tradition rabbinique qui risqueraient de paraître barbares au lecteur non-initié. L'exposé se veut assez technique pour respecter la tradition à laquelle on puise car il ne pouvait se contenter d'une présentation somme toute superficielle.

Veilleurs aux frontières

Francis Guibal, Veilleurs aux frontières, Bergson-Rosenzweig, Girard-Ricoeur-Chalier, Derrida-Nancy, Castoriadis-Stanguennec, Lessius, (Donner Raison), Namur, 2018.

L'histoire de la pensée montre une tendance à prendre comme perspective davantage la liberté et les attitudes existentielles que la raison et ses catégories essentielles. Cela invite à apporter les questions fondamentales sans prétendre y répondre par une théorie unique mais dans un dialogue toujours à reprendre entre des libertés en quête de raison. Ce sont de pareils dialogues auxquels ce livre nous fait assister sur divers thèmes comme « histoire et libertés », « expérience et transcendance », « déconstruction et création », « le religieux en héritage ».
Un philosophe comme Hegel a voulu reprendre dans une dialectique ce qu'il découvrait d'une historicité radicale de l'existence en même temps qu'une recherche de compréhension qui lui soit coextensive. L'accent mis sur la liberté semblerait nous demander de recueillir des éclats de sens. Mais en recevant ces témoignages peut se faire entendre alors l'appel à articuler au plus juste le réalisme historique de l'action et le jugement responsable de la pensée.
Les essais présentés supposent un choix, qui tente d'orienter dans l'actualité intellectuelle et spirituelle de notre monde. Le titre évoque des frontières, non au sens où il y aurait un domaine abordé limité mais bien parce que celui qui se tient aux frontières peut espérer un dialogue sur ce qu'une liberté aura parcouru pour pouvoir en juger.
S'il est question de jugement, la pensée qui relève bien d'une subjectivité dont on reconnaît l'autonomie, s'expose à l'exigence d'aller vers une pensée élargie, de dépasser ses propres frontières, soucieuse en-cela de se mettre à la place de tout autre.

Le politique et les religions

Sous la direction de Hubert Faes, Le politique et les religions. Penser avec Stanislas Breton le défi de l'unité, L'Harmattan, Paris, 2018.

Comment concilier une diversité de religions et une ouverture à l'athéisme au sein d'une même société ? Ce n'est pas que la politique ne pourrait plus jouer son rôle à cause de la présence de références religieuses différentes. Cela, l’État laïque le garantit. Mais au niveau social, on se demande quelle cohésion, quelle unité il peut encore y avoir alors que ce n'est plus par référence à un type de vérité sur laquelle s'appuierait une conviction religieuse. La question n'est plus politique, dès lors que la politique se veut laïque pour permettre la coexistence d'une diversité, elle est sociale. Il ne sera pas question d’abord des rapports politiques entre le politique et les religions déjà constituées comme des pouvoirs mais du problème de la façon d’unir les hommes, problème qu’ont rencontré les sociétés politiques aussi bien que les communautés religieuses. Si l’on admet qu’une conviction doit pouvoir s’exprimer, elle ne peut le faire dans la seule sphère privée, elle doit pouvoir le faire dans l’espace social. Dans cet espace qui pour le politique est celui de la société civile, le pluralisme religieux pose un problème social et culturel. En dernier ressort c’est le problème de l’unité de la société, du type d’unité d’une société humaine. Ce livre reprend des textes de Jeanne Bernard, Bernard Bourdin, Jérôme de Gramont, Hubert Faes, Jean Greisch, Jean Leclercq, René Nouailhat, Peter Kemp, Jean-Louis Schlegel, Michel Senellart. Textes issus d’un séminaire organisé à l’occasion du 10e anniversaire de la mort de Stanislas Breton par l’Association des Amis de Paul-Stanislas Breton et la Revue Esprit qui l’a accueilli dans ses locaux du 17 octobre 2015 au 23 Janvier 2016.

La pédagogie jésuite

Josep Maria Margenat, La pédagogie jésuite. Des origines à nos jours, Lessius, (Petite Biblliothèque Jésuite), traduit de l'Espagnol par Gilles Firmin, Namur, 2018

L’éducation intégrale que promeuvent les jésuites a pour but de faire parvenir la personne qui en bénéficie à une conscience qui n’ignore rien de la société et de la culture. En retour elle pourra contribuer à construire le monde tel que nous le connaîtrons. L’auteur décline la pédagogie jésuite sous cinq angles caractéristiques : 1. le modèle éducatif qui se dégage de l’expérience que les premiers jésuites ont partagée à Paris, et qui aboutirent à la publication de la Ratio studiorum (1599), synthèse de leurs pratiques pédagogiques ; 2. le modèle du collège jésuite, qui apparaît dans une période de grandes crises culturelles : enseigner, savoir et croire ; 3. l’université vue par les jésuites : service de foi et engagement pour la justice ; 4. la proposition d’un humanisme chrétien, adossée à une solide méthode pédagogique ; 5. l’éducation à une citoyenneté responsable en vue de la justice. En annexe, on trouvera des présentations de la pédagogie jésuite telle qu’elle est envisagée sur un plan mondial, en France et en Belgique, ainsi qu’un vocabulaire jésuite de l’éducation.

Vers l'expérience intérieure

Père Henri Le Saux, Vers l'expérience intérieure. Lettres (à Soeur Thérèse Le Saux); Transcription, annotation et présentation par Armelle Dutruc, Artège-Lethielleux, Paris, 2018.

Henri Le Saux, après 18 ans comme moine à l'abbaye de Kergonan, se rendit en Inde du Sud, en 1948, pour y fonder avec Jules Monchanin, l'ashram du Saccidânanda. Il remonta ensuite vers le Sud de l'Himalaya pour y mener une vie d'ermite et de pèlerin. Les lettres à sa sœur Marie-Thérèse présentées ici retracent son itinéraire en Inde de 1952 à 1973. Ces lettres montrent la grande proximité d'âme qui pouvait les rassembler. En même temps elles incitent le lecteur à prendre le chemin de son espace intérieur. Car elles sont pour l'essentiel centrées autour de cette idée que la recherche du Dieu vivant ne peut s'opérer qu'au fond de soi, dans le recueillement au fond de l'âme.

Saint Vincent de Paul

Guillaume Hünermann, Saint Vincent de Paul, Le père des pauvres, traduit de l'allemand par le Père M. Grandclaudon, Salvator, Paris, 2018.

Cet ouvrage fut écrit à l'occasion du troisième centenaire de l'apôtre de la charité. Dans ce livre, toute la vie de saint Vincent de Paul défile sous nos yeux, encadrée par l’histoire de la France et de l’Europe, à l’époque de la guerre de Trente Ans et de la Fronde, sous le règne de Louis XIII et le début de celui de Louis XIV. Pour raconter cette existence si mouvementée, Hünermann a eu recours à certains documents historiques précieux comme les lettres de saint Vincent. Il en a tiré un récit imagé aussi passionnant qu’un film de cinéma. L'auteur, Guillaume Hünermann, prêtre et écrivain d’origine allemande, aujourd’hui décédé, a publié de nombreuses biographies de saints alliant une rigoureuse fidélité historique à un style pittoresque et romancé. Les Éditions Salvator viennent de rééditer certains de ses meilleurs récits : Fatima : le ciel est plus fort que nous, Saint Curé d’Ars : le vainqueur du Grappin, Saint Martin : l’apôtre des Gaules et Don Bosco : l’apôtre des jeunes.

Donner du goût à nos liturgies

Arnaud Join-Lambert (dir.), Jean-Marc Abeloos, Jean-Luc Lepage, Patrick Prétot, Donner du goût à nos liturgies, Lumen Vitae, (Trajectoires, 31), Namur, 2018.

Qu'est-ce qui peut donner du goût, de la saveur, à nos liturgies ? Voilà l'interrogation et l'appel que reprend ce livre, écho d'une journée pastorale organisée conjointement par l'Université de Louvain et par les diocèses francophones en janvier 2018. Les mentalités ont évolué : on est passé de l'accomplissement du devoir dominical à l'appréciation de la messe et il faut donc discerner eu égard à cette appréciation par le « public » d'un art de célébrer. Patrick Prétot, moine bénédictin et professeur à l'Institut catholique de Paris, rappelait Vatican II et le repère fondamental pour évoquer la liturgie : comment manifester la présence du Christ au cœur de son peuple à travers les rites liturgiques ? La journée a invité à laisser une place au goût et à la sensibilité dans une réflexion sur l'art de célébrer. On pense à la musique, on pense au ressenti d'une communion qui dépasse la seule convivialité. Le livre reprend ainsi la contribution tout en nuances de Jean-Luc Lepage, organiste à Dinant. Le rôle du président de l'assemblée fut aussi l'objet d'une analyse. Loin de le cantonner dans le rôle d'animateur liturgique, était notamment évoqué le lien entre la présidence liturgique et l'ensemble du ministère pastoral. Arnaud Join-Lambert ciblait quant à lui la dimension du « goût » à laquelle ouvrait la thématique de la journée, proposant des critères pour évoquer le ressenti dans l'expérience de la célébration qui demande l'inculturation d'une émotion liturgique. Les lecteurs seront stimulés par le relevé de nombreux défis à vivre dans nos célébrations. Ils seront aidés en retrouvant ici des pistes pour discerner ce qui peut dynamiser les liturgies paroissiales.

La méditation spirituelle

Karin Seethaler, La méditation spirituelle. Pour l'harmonie avec Dieu, soi et les autres, Editions Vie Chrétienne, (Matière à exercices), traduction de l'allemand par Florence Quillet, préface de Franck Janin, Paris, 2018.

Issue de la tradition ignatienne, assistante sociale et théologienne, Karin Seethaler, a collaboré pendant cinq ans à des sessions d' « Exercices contemplatifs ». Elle présente ici la pratique de la méditation en en faisant de véritables exercices spirituels. Avec clarté, elle articule pratique de la prière contemplative et expérience de la relation à autrui pour en montrer les interactions déterminantes, car elles sont les deux dimensions de nos vies quotidiennes où rencontrer Dieu, en harmonie. Être soi, tel que l'on est, dans la relation à l'autre tout en restant tourné vers Dieu, voilà la voie qui nous est en définitive proposée ici.

Signes et sacrements dans le quatrième évangile

Yves-Marie Blanchard, Signes et sacrements dans le quatrième évangile, Artège Lethielleux, (Théologie biblique), Paris, 2018.

Que faut-il entendre par la notion de « signes » que l'on fait valoir pour le quatrième évangile ? Fondamentalement, il en va de ce qu'est la révélation renvoyant à ce qui est dit de la personne de Jésus, Fils envoyé par le Père, et aussi de la dualité inscrite en tout langage à considérer selon la logique des signes. Comme le titre y invite, il s'agit aussi d'articuler à ce fondement la notion de sacrement. On trouve en effet à ce propos un ancrage avec les mystères de la foi qui désignent des événements bibliques relus à la lumière pascale sans trop se limiter aux rites ou aux gestes que le mot évoque couramment dans la liturgie. Yves-Marie Blanchard plaide pour une familiarisation avec la « langue » de l'Ancien Testament, par une lecture fidèle, assidue et savoureuse, entendant par là une fréquentation des figures reçues de l'ancien Israël. Sans cela, on ne pourrait pas entrer plus profondément dans la suite des signes que constituent les gestes et les paroles de Jésus tout au long du quatrième évangile. Plusieurs textes de l'évangile de Jean sont associés aux sacrements de l’Église. On peut faire valoir dans ces textes la dualité signifiant/signifié comme redoublée par une référence scripturaire (par exemple quand Jésus est pain de vie en référence à la manne). La place accordée par Jean aux « signes » est singulière. Les relire fait dépasser le récit des miracles ou de gestes par une ouverture quasiment eschatologique. Celle-ci fait saisir à travers signes ou symboles la pleine réalité de la Vie qui se propose avec le Fils envoyé par le Père.

Partager la sagesse du temps

Pape François et ses amis, Partager la sagesse du temps, Fidélité, Namur, 2018.

Ce livre est né dans la prière et a grandi comme une œuvre d'amour. Le pape eut un jour l'intuition de mettre en lumière le rôle vital des grands-parents et des personnes âgées en général et de partager leur sagesse capable de transformer des vies. Il a commencé alors à prêcher régulièrement sur la nécessité pour le monde de prêter attention à nos aînés et de tenir compte de leur sagesse. Pendant un an et demi, Rosemary Lane et Tom Mc Grath, directeurs du projet pour Loyola Press, ont interrogé plus de 250 personnes. Chacune de ces contributions ont façonné ce livre. Des personnes âgées de plus de 30 pays partagent ainsi la sagesse qu’ils ont acquise durant leur vie. Le pape François y participe lui-même en tant que « grand-père » comme les autres, en le préfaçant et en égrenant quelques-uns de ses souvenirs au fil des chapitres, mais aussi en commentant plusieurs des histoires rapportées dans ce livre. La beauté des images, la chaleur des regards, doublent la lecture d'une richesse humaine indéniable.

L’Évangile célébré

Enzo Bianchi, Goffredo Boselli, L’Évangile célébré, Lessius, (la Part-Dieu), traduction de l'italien par Ivan Murpovec revue et augmentée par les auteurs, Namur, 2018.

Le présent volume déploie une conviction à propos du rôle décisif de la liturgie dans l'évangélisation. Il ne saurait y avoir d’Évangile annoncé s'il n'y a pas en même temps un Évangile célébré. Ce lien peut se dire comme dans le chapitre sur l’Épiphanie du mystère par le mouvement qui va du mystère révélé aux mystères célébrés. A travers rites et prières, le mystère révélé devient compréhensible, accessible, réalisable suivant le degré de foi de ceux qui le célèbrent dans le sacrement. Cette conviction précise aussi le sens de la participation à la liturgie. Il convient ainsi de passer de l'impression de devenir « actifs » dans la célébration, de la visibilité de l'action liturgique, à la participation au mystère qui est action de Dieu, invisible et toujours efficace. Pour planter le décor, les auteurs reconnaissent le défi qu'est la publication d'un livre de liturgie quand cette matière semblerait à l'ombre de bien d'autres thèmes et débats. Le livre affirme qu'il ne peut y avoir une Église qui va de l'avant alors que la liturgie resterait en arrière. L’Église évangélise quand elle célèbre : la crédibilité de l'une est le reflet de la vitalité de l'autre parce que la liturgie est intrinsèque à la vie chrétienne comme les paroles et les gestes de la vie de Jésus déploient dans l’Évangile sa révélation du mystère de Dieu.

La vie familiale

Alain et Marie-Madeleine Devillers, La vie familiale, A la manière d'Ignace de Loyola, Editions Vie Chrétienne, (Matière à exercices), Paris, 2018.

Cet ouvrage se fonde sur l'expérience de nombreuses familles au cours de haltes spirituelles ignatiennes. Sans être ni un manuel de savoir-vivre ou un catéchisme sur la famille, il propose des exercices à pratiquer en famille ou individuellement, permettant au lecteur de prendre conscience des enjeux spirituels inhérents à la vie familiale, pour elle-même et pour le service de nos frères et sœurs du monde. L’Église considère la famille comme une petite cellule ecclésiale qui a pour mission la croissance spirituelle de chacun de ses membres. Elle peut devenir de plus en plus le lieu, comme le vise cet ouvrage simple et accessible à tous, d'une rencontre personnelle avec le Christ.

Prenez soin de votre âme

Jean-Guilhem Xerri, Prenez soin de votre âme. Petit traité d'écologie spirituelle, CERF, Paris, 2018.

Notre époque abonde en propositions en tous genres pour le développement personnel, les spiritualités orientales, une religiosité laïque, la méditation thérapeutique, une valorisation des ressources mentales. Mais en même temps, comme en témoignent les taux de suicide, les dépressions, l'augmentation des addictions, le burn-out, notre intériorité est en souffrance. Biologie, psychologie et philosophie sont requises pour traiter de « psy » et d'intériorité. Mais la complexité de l'homme fait que l'on constate souvent une confusion dans les différentes dimensions qui permettent de l'appréhender. L'auteur est psychanalyste et biologiste médical. Il a intégré dans sa pratique de thérapeute la méditation. Une ressource se propose à travers cet ouvrage : il existe un patrimoine spirituel qu'il importe hautement de s'approprier, c'est celui des Pères du désert. Ils ont développé une véritable pharmacie de l'âme pour contribuer à la santé spirituelle. Leur médecine, considérée comme « art des arts et science des sciences », est faite de sobriété, de pratiques méditatives et d'hospitalité. Elle apparaît d'une urgente actualité et d'une étonnante pertinence.

L'amour vrai

Martin Steffens, L'amour vrai. Au seuil de l'autre, Salvator,(Forum), Paris, 2018.

Le mot amour demande des nuances que la langue française semble ne pas proposer. Steffens distingue l'amour vrai de sa caricature qu'est la pornographie, entendons par là ce qui mime l'amour humain sans en prendre la réserve qui lui est essentielle. L'ouvrage veut sensibiliser à cette réalité centrale pour le message chrétien, l'agapè, alors que le mot « charité » est trop usé pour dire dans toute sa force ce qui se révèle sur la croix. L'homme est fait pour mourir d'amour plus que pour aimer. Comme pour dire qu'il y a là une blessure qu'il faut veiller à ne jamais refermer, dont il faudrait ne jamais guérir. Cet amour vrai auquel veut ouvrir ce livre suppose une patience qui s'exprime dans ce qu'on appelle le paradoxe de la prière : tendre vers Dieu ou vers ce que l'on demande à Dieu sans tenter, le temps que dure la prière, de s'approprier l'objet de sa prière. Confier son désir à Dieu et par là se déposséder de sa satisfaction mais en même temps, être étrangement comblé : recevoir la plénitude de notre vie sur le mode de ce qui ne nous est pas encore donné. L'amour fait se tenir au seuil de l'autre par le refus de se l'approprier, de le posséder. L'amour, don de soi, demande une dépossession, une réserve par rapport au désir suscité par la beauté. Cela dit bien un chemin pour réapprendre à voir, parce que l'amour rend disponible pour accueillir la lumière qui fait voir ce à quoi la violence du désir peut souvent rendre aveugle. Aimer ouvre à la contemplation et la contemplation inscrit l'amour vrai dans la vie.

Le christianisme n'existe pas encore

Dominique Collin, Le christianisme n'existe pas encore, Salvator, Paris, 2018.

Sören Kierkegaard figure parmi les penseurs chrétiens dans un petit ouvrage intitulé Apprendre à philosopher avec la philosophie chrétienne (Baptiste Jacomino, Géraldine Maugars, chez Ellipses, 2017). Chose surprenante, d'une certaine manière, alors que certains s'interrogent sur la notion de philosophie chrétienne, alors aussi que le réalisme thomiste qu'il est conseillé de choisir pour se lancer dans une pensée systématique du mystère chrétien serait bien différent d'une pensée existentialiste. Viserait-on juste, pour parler de l’Évangile, en valorisant la passion plus que l'éclairage intellectuel des concepts, en renvoyant à l'angoisse et à l'absurde d'une vie sans la foi plus qu'à une vocation à la béatitude éternelle ? L'option de reconnaître Kierkegaard dans une pensée chrétienne a pourtant quelque chose de contradictoire, de provocateur quand on sait qu'il y a chez lui un refus de donner massivement le qualificatif chrétien pour une société, pour une pensée. Mais penseur du paradoxe et de l'ironie qu'il est, cela attire l'attention sur la situation du christianisme dont les membres voient, par la seule thèse écrite par ce philosophe sur la question, sciée la branche sur laquelle ils pensaient pouvoir s'asseoir. A moins que Kierkegaard n'ait vu juste en disant, c'est là sa thèse, qu'il n'y avait pas de chrétienté (« chrétienté » ou « christianisme », la querelle des mots demande de relever les nuances que cela pourrait comporter mais la thèse du philosophe vise bien le christianisme en tant qu'il s'affirmerait comme une réalité historique). En somme, il nous demande de rencontrer le Christ sur le chemin de l'existence ou mieux de découvrir qu'il est le Chemin qui donne sens à l'existence sans cela vouée à l'absurde. Voilà de quoi faire des constats et chercher à mieux entendre des propos sur le déclin de la chrétienté : osons aller jusqu'à reprendre, comme dans le livre de Dominique Collin, le terme d'inexistence, au risque de choquer, mais de faire sortir parfois d'une illusion si la confrontation à l’Évangile était évitée parce que les yeux d'une société très fière de son progrès ne pouvaient s'accommoder à sa lumière. Dominique Collin a donc publié un ouvrage qui interpelle dès que son titre résonne alors qu'il ne fait encore que laisser résonner la voix de Kierkegaard. Il fait découvrir du penseur danois mieux que l'intelligence, la posture existentielle, la sensibilité antisystème et anticonformisme.
Le propos pourrait passer pour osé : nier, comme à partir d'un surplomb philosophique, des évidences auxquelles on ne pourrait renoncer sans risquer de casser ce qu'on appellerait une culture chrétienne. Mais oublier la dynamique intérieure qui est à l’œuvre dans l'appel à croire, se contenter de croyances qui légitiment nos projets humains alors qu'ils s'alimentent de croyances et non de la foi, pourrait faire rater la Parole Evangile qui, elle, fait Vivre. De quoi en sortir avec l'amalgame embarrassant sur les « valeurs chrétiennes » qui tiennent plus du consensus que du renoncement à soi demandé par le Christ ? De quoi désamorcer le christianisme assimilé même sans se l'avouer à un système de pensée à côté d'idéologies fondées sur des abstractions pour ouvrir l'espérance du Royaume à des disciples qui auraient découvert Dieu en aimant en réponse à son amour ?

Journal de Raïssa

Raïssa Maritain, Journal de Raïssa, Desclée de Brouwer, nouvelle édition, préface de René Voillaume, 2018.

Desclée de Brouwer propose une nouvelle édition des notes de Raïssa que son mari Jacques Maritain avait rassemblées en 1962. Ce texte qui était épuisé permet de découvrir le riche témoignage d'un chemin d'amour secret, d'amour fou pour Dieu. Raïssa Maritain, née dans une famille juive et convertie au catholicisme, fut une poète et une mystique qui eut une grande influence dans la vie de son mari, philosophe. Voici des pages d'une grande profondeur qui invitent chacun à élargir son horizon spirituel.

Saints et guérisseurs

Philippe Carrozza, Saints et guérisseurs. Nous soulagent-ils du mal ? Enquête inédite et surprenante chez les guérisseurs, les barreurs de feu, les thérapeutes, les sourciers et autres rebouteux, Weyrich, Neufchâteau, 2018.

Résultat d'une enquête, ce livre ne veut pas dicter ce qu'il faut croire ou ne pas croire à propos de phénomènes surprenants, d'histoires de guérison ou de l'efficacité de remèdes qui touchent au spirituel. Reste donc au lecteur à se forger une opinion, en s'étant informé de choses inexpliquées par les créneaux rationnels. Que faut-il penser du don que certains ont reçu pour soulager les douleurs ? Cela interpelle en tout cas, et interpelle en particulier le croyant qui entend le guérisseur faire le lien avec sa foi. Des prêtres exorcistes ont aussi été invités à livrer un témoignage sur leur ministère qui n'est pas tant une thérapie que l'accompagnement d'un combat spirituel contre le Malin. Philippe Carrozza a aussi voulu en savoir plus sur les traditions populaires qui voient des démarches en certains lieux de pèlerinages ou sous le patronage de saints invoqués dans des circonstances précises. Son enquête l'a conduit dans des lieux typiques de nos régions comme Foy-Notre-Dame ou le Sanctuaire Saint-Antoine de Harre ; il nous invite aussi à Crupet ou au mont Saint-Michel ; on croise aussi la démarche de nombreux pèlerins à Lourdes, Beauraing, Banneux ou à Lisieux.

La grande intuition

Jacques Degeye, La grande intuition. Lettre au pape François sur quelques sujets délicats, préface de Jean-Marie Mottoul, Demdel, Arlon, 2018.

Si Jacques Degeye n'impose pas une révolution à l’Église, ses propos en appellent à une profonde réforme ou à un renversement donnant plus de place à des petites communautés. Décrivant la situation actuelle de la religion avec ses nombreux écueils, il montre bien des blocages présents et en appelle à une évolution. En tout cas, il décrit les problèmes en cherchant ce qui bloque aujourd'hui. Le propos tisse souvent assez large, voulant faire entrer le lecteur dans le nœud de nombreuses articulations que suppose l'argumentation. Ce qui peut dérouter par la succession de nombreux niveaux de discours et de références à des domaines différents où sont redéveloppées des problématiques.
L'auteur distingue le caractère institué de la religion de la dimension spirituelle de l'engagement des membres des communautés mais s'y dit aussi le jeu des pouvoirs quand il en va de la liberté de chacun. La grande intuition, pour reprendre le titre de l'ouvrage, est à saisir dans une dimension de spiritualité à même de renouveler sinon le fonctionnement de l'Église elle-même du moins pour essayer de la regarder à partir de ses membres, d'autant plus qu'ils seraient vraiment porteurs de cette intuition. Ce qui était le projet d'une Lettre au pape est devenu un appel à qui désirerait répondre au message d'Amour, de Vérité et de Beauté de l’Évangile. S'y ressent le désir d'une mise au point à propos du fonctionnement de l’Église, s'y cache l'espérance pour chacun d'y trouver vraiment sa place.

Sommes-nous sortis de la crise du modernisme ?

Jacques Musset, Sommes-nous sortis de la crise du modernisme ? Enquête sur le XXe siècle catholique et l'après concile Vatican II, Karthala, Sens et conscience, 2017.

L'auteur voudrait nous faire sortir d'une crise qui concerne l’Église, qui décrit la place de chrétiens critiques par rapport à une Église qu'ils ont du mal à faire leur. Il se reconnaît parmi eux et se réfère à la crise moderniste, en décrit la teneur et dresse le portrait de quelques-unes des grandes figures qui s'y firent entendre. La crise moderniste n'appartient peut-être pas au passé. C'est un éclairage que peut apporter ce livre en présentant les réticences de l'homme d'aujourd'hui avec une pensée dogmatique. Même à reconsidérer ce que sont les dogmes et les circonstances qui furent le berceau de leur expression, il en va de la démarche descendante d'un style de pensée auquel résiste un sujet en recherche d'un Dieu dont le monde a obscurci l'évidence. Un renouveau, en accord avec l'attention prêtée par les progrès de l'exégèse à la Bible, est envisageable. Le livre décrit le Concile Vatican II, en montre les promesses mais aussi les piétinements. Un livre à refermer si on ne supporte pas le genre de critiques, alors qu'on sentirait l'envie de raboter une sorte de socle de pensée sur lequel repose l'ensemble qu'on appelle chrétienté ou christianisme (voir la recension du livre de Dominique Collin) et qu'on en jugerait par l'orthodoxie d'une pensée. Pour situer le débat, on peut prendre une question en exemple : comment Jésus est ou peut être chemin de vie aujourd'hui ? Par son existence ou par la doctrine qui lui attribue des titres et donne une intelligence du mystère du salut, même s'il faut déjà retraduire cette notion de mystère pour nos contemporains ? Un souci œcuménique fait entendre les Protestants qui réfèrent leur foi à la rencontre du Christ. Le débat ne doit pas occulter cette rencontre, la présence du Christ à son Église alors qu'elle est ce qui peut justement l'éclairer.

Ce que dit la Bible sur la louange

Alain Dumont, Ce que dit la Bible sur la louange, Nouvelle Cité, (Ce que dit la Bible sur, 31), Bruyères-le-Châtel, 2018.

Aucune littérature sacrée ne déploie aussi abondamment l'art de la louange que la Bible. Elle le fait parce que la tradition religieuse qui s'y trouve exprime ce sur quoi elle s'appuie : la présence salvatrice de Dieu. La louange devient ainsi un pilier de la vie du croyant chrétien. L'auteur, prêtre, bibliste et membre de la communauté de l'Emmanuel avait écrit un ouvrage intitulé « Je loue donc je vis » mais en laissant pour une autre occasion le désir d'exprimer le fondement biblique de la louange. L'ouvrage présent le complète et lui donne de mettre en évidence une conviction profonde dont est porteuse la Bible, cette formidable mémoire de croyants : entrer dans la lecture de la Bible est prendre un chemin de vie et de croissance. Les rabbins évoquent parfois la louange comme un cri de naissance. La louange serait bien l'expression d'un cri qui répond à l'appel à vivre que le Seigneur nous lance par la Bible. Qu'elle exprime donc l'action de grâce pour la vie qu'il nous donne.

Baudouin et Fabiola

Bernadette Chovelon, Baudouin et Fabiola, L'itinéraire spirituel d'un couple, Artège, Paris, 2018.

La motivation de Bernadette Chovelon n'a rien du désir d'un historien de se pencher sur la période correspondant au règne de Baudouin. Elle a voulu faire suivre à ses lecteurs l’itinéraire spirituel de cet homme et de cette femme qui avaient choisi, dès leurs premières rencontres, de mettre Dieu et les paroles évangéliques au centre de leurs vies, malgré bien souvent une pluie de critiques dures à entendre. Chaque couple a son histoire, son histoire sainte. Bernadette Chovelon a déja écrit avec son mari un ouvrage sur l'Aventure du mariage chrétien. Consulter de nombreux témoignages sur l'histoire des souverains belges lui a donné la joie de vivre ainsi avec Baudouin et Fabiola le renouveau d’une Église postconciliaire rajeunie et fervente, qui découvrait la spiritualité conjugale, la joie de la prière commune d’un homme et d’une femme unis par le sacrement de mariage et le bonheur de chanter chaque jour ensemble la louange du Seigneur.

Le trésor

François de Muizon, Père René Combal, Le trésor. Histoire et Spiritualité de Notre-Dame du Laus, Salvator, Paris, 2018.

Les douze chapitres de ce livre rappellent d'abord les faits, les épisodes marquants de l'histoire de Notre-Dame du Laus (1664-1718) avant d'aborder différentes questions qu'ils suscitent. Les deux voix qui dialoguent, celle du Père René Combal, recteur du sanctuaire depuis 1972, et celle de François de Muizon, spécialiste des sciences de l'information et de la communication, se complètent par des accents spirituels ou plus anthropologiques. La vie de Benoîte Rencurel, bergère de cette région alpine, va changer quand elle rencontre un inconnu – c'est saint Maurice qui lui apparaît – qui lui annonce qu'elle verrait la Vierge Marie. Les faits sont surprenants et le personnage de Benoîte paraît exceptionnel. De quoi interpeller et chercher à comprendre pour accueillir des messages quand l'esprit d'aujourd'hui voudrait en vain tout expliquer.

Le Droit de l’Église au service... du catéchuménat

Bruno Goncalves et Laurent Tournier (dir.), Le Droit de l’Église au service... du catéchuménat, Artège-Lethielleux, (Cahiers de la Faculté de Droit Canonique de l'Institut Catholique de Paris), Paris, 2018.

Le droit de l’Église aide la pratique pastorale et c'est dans cette finalité qu'un tel vade-mecum peut accompagner les pasteurs sur le chemin de maturation et de discernement qu'est le catéchuménat. A travers les différentes contributions de cet ouvrage, expériences de terrain, pastorale diocésaine et apport de l’Église se conjuguent pour le service de tous.

L'inimaginable compassion

Michel Farin, L'inimaginable compassion, Editions Vie Chrétienne, Paris, 2018.

Il suffit d'ouvrir un journal ou d'écouter les informations : le monde aujourd'hui souffre d'un manque criant de compassion. Migrants rejetés, personnes âgées oubliées, pauvres opprimés par le capitalisme globalisé... Plus fondamentalement, chaque homme dès sa naissance, nu et démuni de tout, dépend de la compassion d'autrui.
S'appuyant sur l’Écriture, Michel Farin montre ici que la compassion humaine n'est pas qu'un sentiment naturel. Elle provient d'une manière inimaginable de l'Amour infini de Dieu pour l'homme qu'il crée à son image, qu'il rejoint pour toujours en Jésus, mort et ressuscité, et auquel il insuffle son Esprit pour en faire son Fils. Nous aurions tendance à retenir l'explication que la science nous donne d'une vie articulée à celle des autres par le fonctionnement de nos neurones. Mais au-delà de la nature, notre vie humaine est de répondre à l'enjeu d'une existence personnelle d'un être fait à l'image de Dieu. La compassion est chemin de salut, pas seulement d'une guérison toute provisoire parce que c'est la miséricorde de Dieu qui y est à l’œuvre même en s'y tenant discrète. Elle demande de mettre en priorité le respect de la dignité de chaque enfant de Dieu. Bien des situations critiques sont à examiner à cette lumière d'un Sauveur qui a accepté, par compassion, de nous rejoindre dans les enfers où se trouvent bien des humains.

Sermons pastoraux

Louis Bouyer, Sermons pastoraux 1936-1938, Ad Solem, Spiritualité, Paris, 2017.

Né dans une famille luthérienne et devenu pasteur après des études de théologie et de lettres, Louis Bouyer étudie les Pères de l’Église qui le conduisent vers l’Église catholique. Considéré comme une figure importante parmi les théologiens français du XXe siècle, on pourra ici prêter attention à ses sermons composés alors qu'il était encore pasteur luthérien à Paris. Les thèmes abordés par ces sermons nourrissent une méditation qui s'ouvre volontiers à une dimension œcuménique.

Rien de ce qui est inhumain ne m'est étranger

Martin Steffens, Rien de ce qui est inhumain ne m'est étranger. Éloge du combat spirituel, Points Vivre, Paris, 2016.

Quand l'auteur s'explique sur le titre de cet ouvrage, on comprend vite l'enjeu d'un livre qui peut nous accompagner dans un domaine que la mentalité ambiante semble si souvent nier. Comment être humain serait la possibilité de prendre conscience et d'agir contre le mal en respectant qu'il risque, comme mystère, de nous dépasser. La solidarité avec ce qui est humain risque de mettre entre parenthèses l'inhumanité qui blesse si souvent l'homme. Il faut donc prendre pleine mesure de la réalité du mal pour envisager les armes qui pourront le vaincre. Martin Steffens invite à se méfier du combat qui mettrait en avant nos propres forces ou une prétendue suffisance à s'en sortir, car le mystère du mal en appelle à un Sauveur. « Il est seul Dieu, avec une majuscule, celui qui osa se faire minuscule, assez humble pour nous rejoindre là où nous sommes dans la pénible réitération de notre mal. » Le mal, Jésus s'en est chargé une fois pour toutes, pour l'emporter dans la mort et en faire autant d'occasions de nous ressusciter. L'éloge du combat spirituel met en évidence l'humilité plus que la bravoure, la grâce que l'on reçoit bien davantage que l'énergie qu'on aurait prétendu déployer.

Jésus, le Juif central

André Lacocque, Jésus, le Juif central. Son temps et son peuple, édition originale : Jesus the Central Jew. His times and His People, SBL Press, 2015, traduit de l'anglais par Jean-Marc Degrève, Cerf, (Lire la Bible, 194), Paris, 2018.

L'auteur nous invite à une enquête sur la personne de Jésus, en visant le Jésus historique, à distinguer d’autres termes que l'on trouve dans la littérature : Jésus mythique (selon certains chercheurs plus sceptiques), Christ (auquel les disciples se réfèrent dans une foi raisonnée) ou « vrai Jésus ». Suivant les critères et les méthodes pour mener ce genre d'enquête, il s'agira de faire parler les sources – les évangiles ou d'autres sources anciennes. La relation d'un croyant au Seigneur qu'il reconnaît en Jésus n'importe pas directement mais trouvera là de quoi s'articuler à ce qui peut être établi plus ou moins fermement au niveau de l'histoire. Si André Lacocque parle d'un Juif central, c'est qu'à côté d'aspects marginaux de la personnalité de Jésus, il convient de chercher qui il est en mettant au centre sa judaïté. Et c'est en faisant référence à des documents juifs qu'il mène bien souvent le débat. Pourquoi Juif central ? Central est à prendre comme l'inverse de marginal, alors que Jésus était sans doute marginal d’un point de vue sociologique et politique.

Éclats d’Évangile

Marion Muller-Collard, Éclats d’Évangile. Bayard – Labor et Fides, Montrouge Cedex, Genève, 2017.

Marion Muller-Collard a eu la mission d'une chronique biblique dans le journal Réforme. Elle a pris  cette contrainte comme une nouvelle respiration qui lui a fait découvrir un troisième poumon par lequel respirer la liberté : la liberté de ne pas en rester à des attentes car le Seigneur les dépasse largement, la liberté d'élargir ses horizons et de nourrir par là un désir de vivre en allant vers les paysages inexplorés de la Grâce vers lesquels la Parole sans cesse nous déplace.

Psychothérapie de Dieu

Boris Cyrulnik, Psychothérapie de Dieu, Odile Jacob, Paris, 2017.

Le neuropsychiatre qu'est Boris Cyrulnik est intrigué, interpellé par la spiritualité et par la place dans celle-ci de Dieu à qui on peut se confier, sur qui on peut compter. Il se pose la question de ce que la psychologie peut dire à ce sujet. Sans prétention de tout expliquer, le livre se contente souvent de relater et décrire d'un point de vue psychologique ce qu'on désigne comme religion dans la vie des hommes. Il oriente parfois un peu l'opinion en comparant avec d'autres moments de la vie relationnelle et en évoquant ce qui la permet, supposant pouvoir dire ce qui autorise un attachement à Dieu dans le psychisme humain. Le livre ne cherche pas à déconstruire en expliquant tout. On restera peut-être à hésiter à rentrer dans le jeu de neutralité du psychologue pour décrire  l'attachement et pour parler de l'objet de cet attachement quand on parle d'amour de Dieu ou de la place de Dieu dans une vie. Sans aller dans le sens de la foi, donc sans donner une teneur ou une consistance forte au mot Dieu, le travail du psychiatre non croyant est aussi de repérer ce qui permet le comportement religieux reconnu important par les personnes parce qu'il fait sens, comme de noter les conditions personnelles ou culturelles qui peuvent conditionner des représentations de Dieu. Qui dit représentation dit aussi image et mots pour traduire ou véhiculer ces représentations. En même temps que beaucoup d'informations sur l'aspect psychologique du comportement religieux, ce livre aide à discerner sur le phénomène religieux du point de vue des conditions psychologiques, prenant aussi en compte ce que la psychologie dit de la vie sociale. Le lecteur, s'il est croyant, pourra repérer comment on en vient à se fabriquer des images de Dieu dont on a besoin. Il comprendra aussi qu'il est un être incarné et cela peut nourrir en lui une foi sainement critique.

Une année d'espérance avec saint François et sainte Jacinthe de Fatima

Jean-François de Louvencourt, Une année d'espérance avec saint François et sainte Jacinthe de Fatima, préface du cardinal Manuel Clemente, patriarche de Lisbonne, Parole et Silence, Paris, 2018.

Ce livre nous propose de passer une année avec François et Jacinthe, les deux petits bergers témoins des apparitions de Fatima, canonisés le 13 mai 2017. Le livre est particulier car les deux enfants n'ont jamais rien écrit. Comme un calendrier, chaque jour devient un rendez-vous pour se mettre en présence du message qu'ils auront porté, de leur volonté de ne plus faire que ce que Dieu leur demandait. Ceci est permis à travers les multiples témoignages qui ont fleuri de la découverte des grâces qui ont inondé leur vie.

L'art de s'émerveiller avec saint François et sainte Jacinthe de Fatima

Jean-François de Louvencourt, L'art de s'émerveiller avec saint François et sainte Jacinthe de Fatima, Artège, Paris, 2017.

François et Jacinthe, deux des enfants témoins des apparitions de Fatima, ne sont pas restés passifs durant leur vie. Pour traverser de multiples épreuves liées au message qu'ils devaient porter, ils ont grandi dans une spiritualité qui se traduit bien par l'émerveillement et par un lien vital avec le Seigneur. Ce livre montre combien les deux enfants nous livrent une spiritualité accessible à tous qui répond admirablement aux multiples désillusions de notre monde contemporain. D'où l'intérêt de ce livre : apprendre à s'émerveiller à l'école de François et Jacinthe qui ont grandi dans cette attitude au cours des événements qui se sont présentés à eux.

Pleine conscience et tradition spirituelle chrétienne

Emiliano Lambiase, Andrea Marino, Pleine conscience et tradition spirituelle chrétienne, traduit de l'italien et préface de Tonino Cantelmi, Fidélité, Namur, 2018.

Les auteurs de ces pages sur la pleine conscience sont psychologues et psychothérapeutes. On peut constater avec eux que la nature humaine ne suit pas toujours ce que la vie moderne a tendance à imposer à chacun : distraction, vitesse, intolérance vis-à-vis des contrevenues, des déceptions, des limites. La pleine conscience n'est pas la panacée qui remédie à tout. Mais comme technique d'un usage conscient, intentionnel, focalisé et sans jugement de l'attention, elle permet en particulier de développer des attitudes existentielles pour se relier aux autres et à la réalité. Elle croise alors comme attitude de vie des courants spirituels et en particulier des courants de la spiritualité chrétienne. Les auteurs ont à cœur de le montrer dans ces pages pour reconnaître dans la pleine conscience un moyen de franchir la porte de la prière et ensuite une manière d'être présent avec amour dans les plus petites choses autant dans la vie active que contemplative.

Gaston Fessard (1897-1978)

Michel Sales, Gaston Fessard (1897-1978). Genèse d'une pensée, 2ème édition augmentée, Lessius, Namur, 2018.

Philosophe de la liberté humaine dans l'histoire, Gaston Fessard a élaboré une anthropologie et une philosophie chrétiennes de la société dont ce livre éclaire le projet et les enjeux. Pour cela, il présente, dans une série de courts chapitres, l'ensemble de la vie et de l’œuvre de G. Fessard. Déjà publié en 1977 chez Culture et Vérité, le volume est ici augmenté d'une bibliographie des publications de Gaston Fessard et d'une présentation de l'itinéraire, de la vocation et de la bibliographie de Michel Sales par Frédéric Louzeau.

Abimélek ou l'homme qui voulut être roi

Catherine Vialle, Abimélek ou l'homme qui voulut être roi. Juges 9, Lessius, (Péricopes), Namur , 2018.

Pourquoi raconter dans la Bible l'histoire d'Abimélek qui parvint à devenir roi en assassinant 70 demi-frères ? Une véritable guerre civile suivra et Abimélek lui-même y laissera la vie, demandant à son écuyer de l'achever. Le pouvoir qui a choisi la violence aboutit plus que souvent à un surplus de violence. Le texte nous le fait comprendre. Vient aussi, la réflexion portée par la parabole de Yotam, où des arbres sont interpellés pour devenir roi, et d'où peuvent ressortir des dimensions prophétiques. Les références à l'alliance conclue à Sichem par Josué gagnent à être prises en compte : celui qui se détourne du Seigneur risque de voir l'histoire se retourner contre lui.

L'éternité. Rêve ou réalité ?

Jean-François Gosselin, L'éternité. Rêve ou réalité ? Mediapaul, Montréal, 2018.

Parler d'éternité aujourd'hui demande une certaine audace. L'auteur, mathématicien qu'un parcours en théologie a ouvert à un autre regard sur le monde, nous dit que la question de la destinée soulève immanquablement celle de l'éternité. Pas une sorte d'immortalité personnelle pour laquelle marchander sa vie, mais une manière d'inscrire sa vie pr&eacute, ;sente dans un horizon bien plus vaste. On a voulu faire oublier l'éternité mais c'est là un risque dont on mesure l'ampleur avec un parcours faisant retour au temps des Anciens, aux philosophes grecs, à saint Augustin, ou interrogeant des penseurs plus récents comme Paul Ricœur. L'espérance de l'éternité s'exprime aussi et surtout, à la lumière d'un parcours biblique comme désir de quelqu'un plutôt que tension dans un rapport conflictuel avec le temps. L’Écriture guérit d'une projection hors d'une vie terrestre empoisonnée : elle révèle plutôt un amour de Dieu créateur et menant nos vies vers une plénitude que lui seul permet.

Comment peut-on être catholique ?

Denis Moreau, Comment peut-on être catholique ? Seuil, Paris, 2018.

Si l'athée devait se défendre de son athéisme, c'est le croyant aujourd'hui qui doit donner raison de sa foi. Ce qui ne veut pas dire prétendre avoir le dernier mot, de manière dogmatique. Le croyant d'aujourd'hui ne doit pas se justifier devant des critiques de dogmatisme quand il serait classé comme prétendant détenir la vérité : sa vie peut témoigner que la vérité est plutôt une ouverture respectueuse à différents points de vue, ouverture qui fait avancer au-delà des certitudes trop vite admises. Le ton est donné, c'est un philosophe qui parle, qui éclaire ce que le discours de foi a de particulier, la liberté qui y est liée, le risque de ne pas en entendre la richesse. Il va aussi chercher dans cette source qu'est la révélation comme dans les fruits que montre une vie chrétienne qui répond à la Parole de Dieu. Le propos est agréable à suivre, vivant et à conseiller à qui croirait ces questions trop vite embêtantes. Croyant, Moreau revient aussi sur l’Église et sur son histoire, ouvrant à autre chose que les critiques que l'on peut lui adresser. Le but n'est pas de convertir, mais de soutenir que croire peut se montrer une chance, une manière d'avancer sans avoir une réponse à tout mais en faisant un choix que la raison respecte.

Dieu n'a jamais voulu ça

Jonathan Sacks, Dieu n'a jamais voulu ça, La violence religieuse expliquée, traduit de l'anglais par Julien Darmon, Albin Michel, Paris, 2018.

L'auteur est rabbin et a enseigné en Angleterre. Dans un parcours à la pédagogie confirmée, il entend décrypter la violence liée à la religion. Il se place dans le cadre des monothéismes avec les spécificités et les parcours particuliers du judaïsme, du christianisme et de l'islam, mais il cherche aussi dans les racines culturelles, dans la psychologie et la sociologie, avec les phénomènes de violence liée à la vie en société. Le livre montre que le lien entre religion et violence est oblique et non pas immédiat. On ne peut pas faire comme si certains récits que l'on trouve dans le livre de la Genèse n'existaient pas. Sacks soutient qu'il faut une nouvelle interprétation de ces textes, de sorte que ceux-ci soient source d'une solution alors qu'ils ont posé problème. Il demande une nouvelle approche plus profonde, impossible dans les lectures partiales alors qu'elles ouvrent à une découverte de l'altérité, des risques de rivalité, de peur, de soupçons et de haine. Sacks se fait l'interprète de l'antisémitisme pour montrer comment la peur peut conduire à la haine et à des mécanismes inhumains. Ils invitent aussi tous les enfants d'Abraham – juifs, chrétiens, musulmans – à trouver les moyens pour vivre ensemble en paix.

Dieu est assez grand pour se défendre tout seul

Léonard Amossou Katchekpele, Dieu est assez grand pour se défendre tout seul. L'apologie du chrétien, Lessius (Au singulier), Namur, 2018.

De peur de gêner les athées, les croyants ont vite tendance à se faire les avocats de Dieu. Parfois, cela revient, plus que d'interpréter, à édulcorer, voire à dénaturer le message. A l'athée convaincu que Dieu est mort et au chrétien inquiet dont l'attitude ferait dire que Dieu se meurt, peut-être faudrait se désencombrer de l'ambiance dans laquelle font plonger bien des vieux débats. On imagine aussi d'autres débats avec ce que certains racontent d'un retour de la religion. Etre témoin de Dieu est autre chose que de plaider sa cause. Si l'auteur parle d'apologie du témoin, il s'agit donc de raconter comment on peut dire quelque chose de Dieu, rencontré dans la vie sans le connaître autant qu'on le voudrait – il est vu de dos plutôt que de face. Il s'agit de témoigner mais en osant d'abord se laisser interroger par ce que Dieu dit et fait.

Puissance de la gratitude

Pascal Ide, Puissance de la gratitude. Vers la vraie joie, Éditions de l'Emmanuel, Paris, 2017.

La gratitude a des effets bénéfiques pour notre corps et pour notre psychisme. La gratitude peut en particulier nous tourner vers celui qui est la source de tout don, notre Créateur.
L'ouvrage se veut ouvert à différents niveaux, de la psychologie à la spiritualité. L'auteur, en bon pédagogue, questionne le lecteur pour lui permettre d'ouvrir les questions qui le feront changer. Il ne manque pas d'exemples puisés dans la culture et en particulier dans le cinéma.

Pierres noires

Joseph Malègue, Pierres noires, Les classes moyennes du salut, Ad Solem, Paris, 2018.

Lors d'une homélie, le pape François évoquait un auteur français utilisant l'expression « classes moyennes de la sainteté ». Il y a les saints de tous les jours, les saints « cachés », comme le disait un auteur français. Cet auteur est sans doute Joseph Malègue et il faut faire droit au génie de son œuvre dans laquelle on trouve le bien – le plus – connu « Augustin ou le maître est là ». La littérature, chez Malègue, permet de faire découvrir ce que peut être une sainteté de tous les jours ou, pour revenir plus précisément aux termes utilisés par l'auteur, une classe moyenne du salut. Le présent ouvrage sorti chez Spes en 1958 est en fait une trilogie tirée de ce que Malègue en avait déjà achevé et de ce qu'il n'avait que projeté avant sa mort. Le roman permet de se figurer, à travers différents personnages, ce que peut être la sainteté dans une région déchristianisée. Malègue montre la religion dans une société et son ordre établi quand il y a aussi, à côté de ce qu'un Bergson aurait décrit comme statique, une aspiration plus haute à suivre l'idéal évangélique. Le premier étage explique, légitime et sanctifie le rez-de-chaussée, dit quelque part un personnage. Sans que cela ne discrédite la vie du plus grand nombre sans doute repris dans la classe moyenne. L'exemple d'un petit village d'Auvergne, Peyrenère, dans ce qu'il a de typique, décrit la sécularisation par l'opposition entre le village d'en-haut avec les notables – comprenant aussi des figures d'Eglise – et puis le progrès de l'industrie et l'essor de la laïcité dans le village d'en bas. La forme du roman redit bien que Dieu s'est incarné pour sauver des personnes dont on découvre une histoire au sein d'une société qui semble suivre ses propres lois. Malègue nous aide à dire qu'une telle description oublie quelque chose si un supplément d'humanité ne puise pas à l'amour de Jésus montré sur le Calvaire et aux témoignages de ceux qui ont voulu prendre leur croix pour servir leurs frères. La préface d'Henry Bousquet de l'édition de 1958 est précédée de celle de José Fontaine très éclairante pour entrer dans la lecture et pour dire de Malègue l'importance de sa place dans la littérature chrétienne.

Satan accuse

José Luis, Sicre Diaz, Satan accuse, Le procès des évangélistes, traduction de Ivan Murovec, Fidélité, Namur, 2017.

Pourquoi des divergences, voire des contradictions entre des passages bibliques ? Le projet du livre est de donner une manière de lire plus intelligente, un point de vue qui resitue les trois évangiles synoptiques les uns par rapport aux autres. Plein d'humour, l'auteur met de la vie dans ce procès haut en couleur montrant l'à-propos des remarques et des récriminations de celui qui dit ne pas comprendre ou ne pas croire. Une manière agréable de revisiter les évangiles, de répondre aux différentes objections et d'éviter les pièges du fondamentalisme.

Vivants grâce à Dieu

François Odinet, Vivants grâce à Dieu, préface d'Enzo Bianchi, Novalis, Lumen Vitae, Namur, 2018.

Jésus commençait son témoignage en parlant d'une Bonne Nouvelle adressée aux pauvres. François Odinet ne fait pas que confirmer qu'elle soit adressée aux pauvres, il nous invite à l'entendre avec eux. Cet ouvrage se fait écho de partages bibliques vécus au sein de la Famille Bartimée, une association fondée près de Toulouse en 2011 par Nicole Vaissière. Comme y invite Wresinski qui nous disa, it que les pauvres ont quelque chose à nous apprendre, François Odinet cherche à mettre en résonance Parole de Dieu et paroles de personnes en situation de pauvreté et il tente ici de montrer des perspectives théologiques qui font le pont, notamment en puisant aux intuitions de la lectio divina telles que Guigues II le Chartreux les précise dans son Echelle des moines.

Paraboles mode d'emploi

Olivier Lebouteux, Paraboles mode d'emploi, préface de Thérèse et Antoine Leclerc, Fidélité, Namur, 2018.

En parlant de « mode d'emploi », l'auteur nous signale que le sens d'une parabole n'est pas entièrement perçu si la parabole n'est pas, d'une certaine manière, vécue, si elle n'est pas une leçon de vie. Chaque texte est questionné, commenté et actualisé, puis le livre propose de puiser aux sources de l'Ancien Testament, des Pères de l’Église, avant d'explorer encore le sens d'un mot important du passage repris. Cet ouvrage est un superbe outil pour les groupes de lecture biblique. Les responsables des Equipes Notre-Dame pour la France, la Belgique et la Suisse, qui le préfacent le recommandent pour vivre une année en équipe.

Va-t-en, Satan !

Michel Farin, Va-t-en, Satan !, Vie Chrétienne, Paris, 2018.

A la lumière de l’Écriture et des Exercices Spirituels de saint Ignace de Loyola, l'auteur, jésuite et réalisateur, analyse le fonctionnement et l'emprise du père du mensonge, Satan, et démythifie le « péché originel ». Il reprend le récit de la Genèse en invitant à ne pas s'arrêter sur les images. « Ce qui se passe dans le cinéma peut servir de parabole pour évoquer ce que produit l'intervention du péché » : parmi tous les arbres du paradis, Adam et Eve n'en voient plus qu'un, se focalisant sur un seul fruit, ils font un arrêt sur image qui les fait sortir du film, c'est-à-dire de l'histoire de l'Alliance entre eux et le Créateur. Quand la confiance en la Parole qui donne sens est rompue, faut-il vraiment espérer trouver une explication qui vaille ? Le mystère du mal apparaît dans l'histoire quand l'Esprit fait lire les signes d'un manque de confiance à la Parole créatrice. Et le Christ nous presse à démasquer et à refuser le mensonge si nous reconnaissons sur la Croix son amour qui nous sauve.

Si Jésus est vraiment parmi nous, alors, où est-il ?

Père Richard Veras, Si Jésus est vraiment parmi nous, alors, où est-il ?, Magnificat, Paris, 2018.

Le titre de ce livre est la question d'un élève agacé à son professeur de religion, d'un agacement qui traduit une difficile quête de ce qui peut faire vivre. Bibliste et professeur au Séminaire de New York, l'auteur raconte dans une quête passionnante les chemins que Dieu prend pour se révéler à nous, comment sa présence peut être magnifiée par les disciples. Sa présence est toujours d'actualité quand des chrétiens se réunissent en son nom, quand nous croyons que c'est toujours son amour qui nous rassemble et nous fait vivre.

Ressources du christianisme

François Jullien, Ressources du christianisme, Mais sans y entrer par la foi, Edition de L'Herne, Paris, 2018.

Quelle place le christianisme a-t-il dans nos sociétés ? François Jullien, en philosophe, s’ouvre aux ressources du christianisme. Par ressources, il faut entendre qu'il reste toujours quelque chose du christianisme à découvrir. Croire, comme base d'une catégorie, marquerait trop vite un clivage entre croyant et non-croyant quand on perçoit le message de l'Evangile comme une ressource ouverte à tous. L'auteur évoque une « dé-coïncidence » qu'exprime la promesse de vie à celui qui, plutôt que s'attacher à sa vie, est prêt à s'en détacher. Suivant certains passages de l’évangile de Jean, on entend que le Verbe apporte une nouveauté véritable. Il ne donne pas de haïr ce monde pour un autre monde imaginé en palliant aux faiblesses du premier mais il donne à chacun, comme sujet, de ne pas être assimilé, de ne pas coïncider avec le monde et donc d'exister au sens vrai. Comme vérité, et même signe de contradiction, il apporte une nouveauté plus essentielle : plutôt qu'un nouveau parti, il défait la partialité des partis. Le christianisme se présente pour qui cherche comme lieu de ressources d'une existence véritable, ce n'est pas une tendance sectaire par rapport à un monde dont il faudrait se méfier. De quoi puiser aussi de reconnaître d'autres sujets dans une véritable altérité. La réserve exprimée dans le titre pourra interroger : « sans y entrer dans la foi » à propos du christianisme, n'est-ce pas le risque de rester à l'extérieur et de manquer l'essentiel ? Mais n'est-ce pas aussi une invitation à un regard autocritique pour le croyant convaincu ou une porte d'entrée accessible pour celui qui avoue manquer du don de la foi. Une interrogation philosophique du point de l'existence peut être salutaire pour se dire que peut-être la foi n'est pas ce que l'on pensait, qu'il y a des croyants qui se font illusion si dans le fond, leur vie n'en est pas éclairée. Si le christianisme est plein de ressources, il y a donc à puiser à la signification profonde des mots en gardant à l'esprit que le Seigneur est la Vérité mais qu'il est aussi la Vie.

Penser la foi chrétienne après René Girard

Bernard Perret, Penser la foi chrétienne après René Girard, Ad Solem, Paris, 2018.

L'importance du mimétisme, le mécanisme du bouc émissaire sont deux aspects de la pensée de Girard qui ont renouvelé de vastes domaines des sciences humaines et sociales. La question qui sous-tend ce livre aborde la religion et la foi chrétienne en particulier quand on est sensible à sa théorie du sacré et son interprétation du message chrétien. On pense notamment à la cohérence entre la prédication du Royaume et la signification des circonstances de la mort de Jésus. L'auteur parle en confessant sa foi chrétienne, c'est-à-dire en proclamant la résurrection du Christ et en la prenant comme une lumière à laisser parler dans l'existence. Il a reconnu que la pensée de Girard ouvre un chemin privilégié pour réconcilier le regard du croyant et de l'observateur engagé. Girard a eu un rôle prophétique montrant le tragique de l'histoire et invitant avec insistance à une conversion à l'amour. Parfois trop pessimiste, il n'en reste pas moins une source pour éclairer le fonctionnement de nos institutions et la pertinence anthropologique de nos rites religieux.

Chanter pour Dieu

Grégory Turpin, Chanter pour Dieu, Le Passeur, Paris, 2017.

Jeune chanteur auteur, compositeur chrétien, Grégory Turpin témoigne ici de son idéal chrétien et du chemin de vie qu'il emprunte pour le rejoindre. Il ne peut vivre sans Dieu et témoigne de son intimité avec lui. Il veut coupler sa démarche artistique de chanteur avec un ministère de témoignage. Il répond à un appel, à une véritable vocation de témoin. Sa sensibilité, associée à sa foi profonde, ouvre des pistes pour l'évangélisation. Servir est pour lui un chemin d'accomplissement bien loin des schémas de carrière de star, dans une simplicité nécessaire pour rester serviteur de Dieu. A travers une captivante série d'avis sur divers sujets, on découvre une personne source pour penser le christianisme. Tout en simplicité, il puise à des racines solides et aide à discerner comment rejoindre l'homme ou la femme d'aujourd'hui. Il éclaire aussi sur ce que vivent les jeunes générations de chrétiens.

L'Institut d'études théologiques (IET) de Bruxelles

Xavier Dijon et Bernard De Plaen, L'Institut d'études théologiques (IET) de Bruxelles. Chronique d'un demi-siècle (1968-2018), Namur, Lessius, 2018.

Ce livre raconte l'histoire de l'Institut Théologique de Bruxelles, fondé en 1968, dans les années qui suivirent le concile, selon une méthode soucieuse d'organiser la théologie autour de l’Écriture Sainte. Le livre évoque comment l'institut a changé en s'ouvrant à un public qui a évolué des scolastiques jésuites aux membres d'autres congrégations, à des séminaristes, notamment des Parisiens du temps de Mgr Lustiger ou encore aux laïcs soucieux d'une solide formation chrétienne. Le deuxième chapitre expose les perspectives et la méthode d'enseignement pratiquée à l'IET. Cinquante ans d'une histoire qui illustre un service de la théologie, discours tendu entre Dieu et le monde.

Il a dressé sa tente parmi nous

Philippe Bacq, Il a dressé sa tente parmi nous. Lecture de l'évangile de Jean 1 – 13,35, Lumen Vitae, préface d'Ignace Berten, postface d'André Fossion, Éditions Jésuites, (Écritures en Pastorale, 4), Namur, 2018.

Philippe Bacq concevait une pastorale qui propose l’évangile et un regard évangélique sur la réalité.  Dans cet esprit, il s'est attelé à proposer un commentaire des évangiles. Atteint par un cancer et décédé en novembre 2016, il avait déjà rédigé des commentaires de Luc et de Marc. Lumen Vitae a décidé de publier le travail inachevé touchant les 13 premiers chapitres de l'évangile de Jean, le commentaire des 8 premiers étant déjà finalisé. Proche du texte, Philippe Bacq aide le lecteur à entendre le texte lui-même sans aller trop vite dans le jeu des interprétations et les reprises théologiques. Le livre reprend aussi l'homélie qu'André Fossion prononça au moment de dire adieu à cet exégète : elle est publiée en guise de postface pour saluer celui qui a bien souvent partagé toute la saveur perçue dans l’Écriture.

Lueurs dans l'histoire

Paul Valadier, Lueurs dans l'histoire. Revisiter l'idée de Providence, Salvator, Paris, 2017.

Assister aux efforts de l'humanité face à tout ce qui l'inquiète aujourd'hui pourrait faire douter d'une issue heureuse. Le livre de Valadier prend parti pour une vision positive même quand la planète et la civilisation sont malmenées. Ce n'est pas par utopisme, dans un manque de réalisme ou dans un refus d'&a, mp;amp, ;, ecirc;tre dérangé vraiment par ce qui serait le plus alarmant, que l'on peut encore aujourd'hui parler de Providence. C'est en philosophe croyant, en faisant se croiser les apports de la philosophie et de la théologie. Et Valadier fait ainsi entrer dans une intelligence renouvelée de notre situation, en montrant le rôle d'une sagesse qui prend la mesure de ce qui se cache dans l'actualité, pour réapprendre à lire les signes des temps. Il n'est pas évident de prétendre que Dieu est maître des temps en se faisant l'interprète de sa volonté. Et à viser un ordre moral idéal, comme aurait dit Nietzsche, le chercheur de sens risque bien d'être découragé et d'éprouver sa propre vanité à chercher à se réaliser dans une cause illusoire. Le providentialisme consiste à postuler un sens. La Bible donne une perspective en orientant les regards vers un A-venir promis et attendu. La fidélité à un Dieu qui veille sur nous comme un Père invite en retour à une vigilance. Elle invite aussi à une sagesse qui n'élève pas au niveau utopique de la nécessité d'un dénouement heureux, mais rend plus accueillant aux appels, aux invitations, aux rendez-vous d'un Dieu qui nous veut assez libres pour y répondre.

Heurs et malheurs de l'autorité

Henri Madelin, Heurs et malheurs de l'autorité ; Entretiens avec Yohan Picquart, Lessius, (Au singulier, 38), Namur, 2018.

Dans ce livre d'entretiens, Henri Madelin cherche à éclairer ce qu'est l'autorité, à bien la distinguer du pouvoir. Henri Madelin a été à la frontière du politique et du religieux. Il a été conseiller d'hommes politiques influents, il a eu des charges importantes au sein de la compagnie de Jésus, il a été aumônier du Mouvement Chrétien des Cadres. L'autorité n'est pas le pouvoir. Il est bon de le rappeler et de percevoir ce qui donne l'autorité dans un temps où elle semble souvent en crise.

Trop envie de le dire

Charles Delhez, Trop envie de le dire, préface de Jacques Franck, Fidélité, Namur, 2018.

Ce livre reprend des chroniques du Père Charles Delhez publiées depuis 2010 dans différents médias et regroupés par thématique. Il en va de notre monde, de notre société et surtout de la lumière qui peut l'éclairer avec pertinence. Coller à la vie quotidienne, puiser à la source d'amour que les croyants reconnaissent en Dieu contribue à cet éclairage et on apprécie l'expression toujours affinée de Charles Delhez et sa manière de faire se conjuguer avec équilibre le réalisme et la foi.

Philosophie de Péguy ou les mémoires d'un imbécile

Camille Riquier, Philosophie de Péguy ou les mémoires d'un imbécile. PUF, Paris, 2017.

La vie de Péguy est double. Il y a celle qu'il vécut au sein des Cahiers de la Quinzaine, sous l'emprise du devoir et de l'Affaire Dreyfus. Mais il y a aussi une autre vie, heureuse mais virtuelle, qu'il n'a pu accomplir et qui a surgi comme malgré lui dans son écriture : une vie vouée à la philosophie. L'ambition de ce livre est de fournir à la philosophie de Péguy l'appareil capable de manifester le plus fidèlement possible le profond ordre intérieur qui tient ensemble tout ce « fatras » de textes qui ont jailli génialement de sa plume. Qu'il soit philosophe, fondamentalement, c'est le point où s'articulent ses différents profils souvent difficiles à concilier. La pensée de Péguy, c'est en même temps une méditation sur la révolution socialiste et une rumination de son échec, c'est ensuite  arbitrer un combat dans le monde entre culture et barbarie, quand le monde moderne a découronné des cultures anciennes en les inondant de sa barbarie. Sauver ces cultures anciennes était une de ses tâches pour retrouver des racines et que vive l'humanité. Riquier entend aussi se faire le témoin d'une immense confession que Péguy a livrée dans son œuvre, car il y apparaît une confession de sa foi catholique. C'est là que sa vie, comme un aboutissement et non comme un écart ou un rebroussement, est arrivée et ce fut pour comme une « promotion dans l'être ».

Ce que dit la Bible sur… la confiance

Patrick Laudet, Ce que dit la Bible sur la confiance, Nouvelle Cité, (Ce que dit la Bible sur..., 25), Bruyères-le-Châtel, 2017

On manque souvent de confiance aujourd’hui. L’homme est dépassé par ce qu’il fait, par le cours des événements qu’il a cru bon devoir accélérer en prétendant faire plus. La précaution est de mise et même instituée en principe. Mais qu’en dit Dieu, qu’en dit la Bible ? La Parole de Dieu fait voir ce qui détruit la confiance originelle : c'est le mensonge. Quand le diable apparaît et insinue le soupçon, il crée la distance qui nuit à la confiance et bien sûr la distance avec Dieu. Mais Dieu est miséricorde, il veut préserver une vie qui soit vie avec lui. Dans la miséricorde qu’il donne, Dieu fait découvrir que la confiance redonnée est bien plus grande que la confiance donnée. Les prophètes le disent et aussi des poètes comme Péguy. Ce dernier évoque le repos dans le Seigneur et, concrètement, le sommeil du juste ou de l'homme de foi. Péguy, en porte-parole de Dieu, voit celui-ci plaindre ceux qui n’ont pas confiance en lui, qui n’en dorment plus, qui ne peuvent se reposer en lui. « Ils ont le courage de travailler ? Ils n’ont pas le courage de ne rien faire... Les malheureux, ils ne savent pas ce qui est bon. Ils gouvernent bien leurs affaires pendant le jour mais ils ne veulent m'en confier le gouvernement pendant la nuit. » Une image qui interpelle nos cœurs qui manquent de foi est celle du Christ qui dort dans la barque sur les flots agités. Si le monde est en tumulte, voilà bien un appel pour avoir davantage, comme lui, confiance dans le Père. 

Ce petit livre interpelle sur un thème vital de la vie spirituelle. Il offre un parcours biblique suffisamment représentatif, tout en restant celui d'un ouvrage d'accès facile. C'est bienvenu et c’est en même temps un appel à avancer sur nos chemins de foi.

Se préparer au mariage selon Amoris Laetitia

Alain Mattheuws, Se préparer au mariage selon Amoris Laetitia, Parole et Silence, (Collège des Bernardins), 2016.

La pastorale familiale doit faire connaître par l'expérience que l’évangile de la famille est une réponse aux attentes les plus profondes de la personne humaine, à sa dignité et à sa réalisation dans la réciprocité, dans la communion et dans la fécondité. Il ne s'agit pas seulement de présenter des normes mais de proposer des valeurs en répondant ainsi aux besoins que l'on constate aujourd'hui. Le ton de cette plaquette parue en 2016 est donné. Plaquette qui fait encore résonner des accents importants de l'exhortation post-synodale. Cela vaut en effet la peine de renouveler préparation et accompagnement des couples. Pour le monde d'aujourd'hui il est juste de faire goûter les choses plutôt que de saturer de messages trop abstraits. L'expérience fait dire qu'il faut viser une sorte d'initiation au sacrement du mariage. Si le pape parle bien d'une pastorale qui concerne non seulement l'avant mais aussi l'après du sacrement, cela doit attirer l'attention sur le besoin d'une véritable pastorale des familles dans les paroisses. 

Avec Laudato si’, devenir acteurs de l'écologie intégrale

Fabien Revol (dir.) Avec Laudato si’, devenir acteurs de l'écologie intégrale, Peuple libre, Lyon, 2017.

L'encyclique Laudato si’ apparaît nouvelle à bien des égards par rapport à l'enseignement de l’Église jusque-là. Il y a bien une continuité si l'on prend la question de la justice et l'option préférentielle pour les pauvres mais la manière de considérer la Création et de parler d'écologie marque un tournant. L'écologie n'est pas qu'un thème à la mode ; être gardien de la maison commune est une exigence qui découle de la foi. Le livre part d'un constat : les expériences d'un développement intégral en train d'éclore sont à partager largement pour une véritable conversion. Ce manuel présenté ici, fruit des travaux de trois collectifs de la région Auvergne-Rhône-Alpes, peut stimuler d'autres expériences ailleurs. La première partie de l'ouvrage offre une relecture de l'encyclique. La deuxième partie offre des repères pour se donner comme objectif l'écologie intégrale, laquelle ne se contente pas de plaquer de l'écologie sur le modèle de croissance en cours. La nouveauté de François passe par un développement intégral qui demande une conversion tout autant spirituelle qu'écologique. L'ouvrage est très didactique et insiste sur la finalité d'une action toujours au service de l'homme et de sa dignité. 

La musique : un sacrement ?

Michel Steinmetz, La musique : un sacrement ? La médiation de la musique rituelle comme lieu théologique : une participation à l'épiphanie du mystère de l’Église, Parole et Silence, Paris, 2017.

La musique a, selon Vatican II, une fonction ministérielle dans la liturgie. Elle est un moyen : la recherche du beau ne suffit pas, elle doit s'intégrer dans la vie de la communauté, comme un service et l’acte de foi doit l'éclairer. La Parole ouvre à la louange et la musique en fait le chant qui allie texte et mélodie, connaissance et émotion. La Parole est souvent équivoque et la raison ne domine pas tout. Le rite, de nature symbolique, par des gestes symboliques, fait rejoindre le surnaturel. Une telle mise en présence de l'insaisissable, qui reste objet d'espérance, se vit aussi dans la musique qui transporte son auditeur pour ne rester présente que dans le cœur et la mémoire. Contribuant dans un ordre sacramentel, la musique a donc toute sa place dans la liturgie. Inscrivant l'action dans la profondeur de l'âme humaine, c’est l’homme tout entier qui y est engagé. Il faut ajouter ici que si le XIXe siècle a mis la subjectivité en évidence, la musique qu'appelle la liturgie suppose une dimension communautaire et même cosmique. Elle contribue dans le rite à un mouvement de communication entre les membres de l'assemblée et entre l'assemblée et le Christ. Ainsi, elle trouve vraiment place dans la liturgie. La musique, qui éveille l'émotion est aussi à relier au Logos, de sorte que la musique liturgique puisse aussi signifier la présence du Christ, Verbe incarné. Et c'est en effet son corps mystique qui le chante : le peuple de Dieu.

Grandir avec le Christ

Père Louis Pelletier, Grandir avec le Christ. La maturité spirituelle, Artège, Paris, 2017.

Que veut dire se convertir dans un monde où l'on remarquerait bien des signes d'immaturité ? Comment grandir avec le Christ, comment coopérer à l’œuvre de Rédemption du Christ dans un monde où beaucoup somnolent spirituellement parlant ? On ne peut meubler tout seul le vide spirituel par de petites compensations. L'auteur en appelle à sortir de la confusion entre la conscience morale et la conscience psychologique du bien que l’on peut faire. Il invite aussi et surtout à réaliser cette certitude qu'il y a un amour plus fort que le mal. Grandir signifie retrouver l'usage de nos facultés proprement spirituelles, être dans la réalité plutôt que dans les idées. Cela signifie pour le disciple du Christ : aimer ce qu'il fait plus que faire ce qu'il aime. La vie avec les autres, la vie dans la communauté de l’Église est aussi à redécouvrir pour faire ensemble ce chemin de conversion qui soit en même temps chemin avec le Christ. 

<, p> L'affrontement chrétien

Emmanuel Mounier, L'affrontement chrétien, présentation par Guy Coq, Parole et Silence, Paris, 2017. 

Que veut vraiment dire être chrétien ? Que signifie répondre à l'interpellation abrupte du Christ dans l’Évangile ? Dans l'affrontement chrétien, Mounier se montre proche de Péguy et Bernanos dans ce qu'ils ont de spirituels pour un questionnement radical. Parole et Silence réédite ce texte présenté comme une réfutation de Nietzsche mais qui est plutôt une manière pour Mounier de se laisser guider par Nietzche pour aller plus loin dans l'analyse d'une dégénérescence du christianisme. S'y fait entendre un appel prophétique que les croyants d'aujourd'hui trouveront exigeant mais indispensable. 

Brève apologie pour un moment catholique

Jean-Luc Marion, Brève apologie pour un moment catholique, Grasset, Paris, 2017.

Posant la question d'un avenir catholique en France, parlant de laïcité et de séparation, le philosophe qu'est Ma, rion offre une pensée stimulante revenant sur un régime qui garantit qu'il n'y ait pas de religion d'Etat. Il précise aussi que la source de l'éthique ne doit pas assimiler le bien ou le vrai à des abstractions que l'on serait en droit d'évaluer. La communion et le bien commun, expérience que l'on en fait, sont donc à faire valoir autrement que dans un projet politique qui viserait la croissance de certains critères. Il faut sans doute pour cela revoir ce que signifient le pouvoir politique et l'autorité au service de la communion qui devrait l'éclairer. 

Les divorcés remariés peuvent-ils communier ?

Ignace Berten, Les divorcés remariés peuvent-ils communier ? Enjeux ecclésiaux autour du Synode sur la famille et d'Amoris laetitia, Lessius, (La Part-Dieu, 31), Namur, 2017.

Ce livre se veut révélateur des tensions entre différentes positions dans l'Eglise à propos de la discipline sacramentaire visant les divorcés remariés. Comme le sous-titre l'indique, il commente la crise qui entoure différentes réactions au style pastoral novateur du pape François. L'auteur situe les tenants des options que l'on pourrait caricaturer comme doctrine et vérité, d'un côté, comme regard réaliste sur la vie actuelle et miséricorde, de l'autre. Il critique une référence trop rigide à la doctrine alors que le discernement sur des cas particuliers, souvent difficiles, a souvent été source d'enrichissement pour l'intelligence pratique. Ignace Berten analyse la progression des débats aux deux sessions du synode et commente l'exhortation post-synodale. L'examen invite à réfléchir sur l'autorité magistérielle dans l’Église quand, dans Amoris laetitia, le pape François ne veut pas imposer son point de vue, mais se montre sensible aux exigences pastorales de la situation présente, où il ne s'agit pas non plus de condamner ceux qui insistent sur une pastorale plus rigoureuse. On en vient alors à se demander quel changement le ton d'Amoris laetitia représente alors qu'il ne remet pas en cause la discipline de Familiaris Consortio. Le souci de la cohérence entre discipline et doctrine est-il tenable avec le respect des personnes qui fait viser leur bien spirituel au-delà du jugement de leur situation ? Ignace Berten insiste sur le besoin d'un changement de la doctrine, d'une manière cohérente avec un changement de la discipline. Echapper au dilemme entre continuité et rupture suppose d'être prêt à une réforme par fidélité à ce qui est le plus essentiel. L'histoire dira si les crispations que ce genre de débats nourrit laisseront ouverte la possibilité de dire toujours mieux, à la lumière de la foi, la beauté de la famille et de l'engagement des époux dans un monde où il y a tant d'amours blessées.

Que penser de... la théorie du genre ?

Ignace Berten, Que penser de... la théorie du genre ?, Fidélité (que penser de... ?, 96), Namur, 2017.

Evoquer la question du genre fait vite entrer dans des polémiques dans les milieux catholiques. Depuis des discriminations liées à des rôles socialement définis jusqu'à la proposition d'une société qui éliminerait les différences liées à la condition sexuée, bien des points sensibles sont concernés. Berten fait rapidement le tour de quelques positions ecclésiales ou magistérielles visant l'idéologie du genre. Le dernier chapitre est le lieu de quelques remarques pour un discernement : entre la seule référence à la nature (donc à la biologie avec des cas plus délicats) et le libre choix de son genre, il faut trouver une anthropologie équilibrée. L'exigence d'un discours non discriminatoire pour les minorités n'impose pas de se persuader qu'on peut gommer des différences pourtant riches d'humanité.

Une morale souple mais non sans boussole

Alain Thomasset, Jean-Miguel Garrigues, Une morale souple mais non sans boussole. Répondre aux doutes des quatre cardinaux à propos d'Amoris laetitia, Cerf, préface de Christoph Schönborn, Paris, 2017.

L'exhortation post-synodale sur la famille, Amoris laetitia, a entraîné des réactions à l'encontre du pape François suspecté d'aller trop loin sans qu'il ne remette pourtant en cause l'enseignement de saint Jean-Paul II. L'insistance sur la miséricorde et l'invitation au discernement chère au jésuite qu'il est mineraient-elles la conformité à la doctrine ? Les doutes qu'ont exprimés quelques cardinaux rejoignent une certaine franche de catholiques soucieux d'une morale catholique intègre. Les auteurs de cet essai se complètent admirablement avec leur parcours et leur sensibilité respectifs. Jésuite et moraliste puisant à la philosophie de Ricœur, Alain Thomasset dialogue avec un dogmaticien et patrologue qui se tourne vers des sources plus anciennes et il y a une recherche de vérité à une profondeur qu'un seul point de vue ne peut atteindre. Dans une première partie de l'ouvrage, Thomasset entend mener un discernement quant à l'application des normes universelles aux cas singuliers. Il tient à rappeler que les normes et principes tels qu'on en trouve dans Veritatis Splendor, qui menait la chasse au relativisme, ne trouvent leur sens que dans la perspective du bien. Pas de relativisme pour qui cherche ainsi. Garrigues répond de manière similaire aux doutes des cardinaux en voulant lever les ambiguïtés que certains semblaient reconnaître dans les propos du pape François. Le discernement pastoral pour l'application à des cas particuliers d'une manière diffère sensiblement d'une réflexion sur la vérité comme Veritatis Splendor et cela ne signifie pas l'abandon de principes doctrinaux. Garrigues montre d'ailleurs comment la Tradition de l’Église, à partir de saint Thomas, a fait valoir la nuance entre un savoir théorique et un savoir pratique lequel doit prendre en compte la portée déterminante de l'inclination à un bien dans un choix libre. Il attire aussi l'attention sur le risque pour des théologiens d'une certaine sensibilité de s'approprier ce qui serait la doctrine de l’Église en s'efforçant de rejeter ce qui lui semble contraire alors qu'une approche de foi, attentive à la grâce, ne peut fonctionner par systématisations. Cela vaut la peine de rappeler une citation de Péguy qui évoque la morale souple donnant le titre à cet ouvrage : une morale raide n'est pas plus une morale qu'une morale souple qui, exige au contraire un constant renouvellement du cœur.

Les quatre semaines des Exercices spirituels d'Ignace de Loyola

Pierre Gervais, Les quatre semaines des Exercices spirituels d'Ignace de Loyola, préface de Jean-Marie Hennaux, Lessius, (IET), Namur, 2017.

Pierre Gervais se fait le témoin que la clé herméneutique des Exercices spirituels est de les regarder de l'intérieur, en les vivant. Toute son attention va au texte même des Exercices pour montrer qu’il peut enseigner et guider le retraitant. Cette lecture embrasse les quatre semaines des Exercices, les mystères évangéliques et les règle de discernement qui éclairent le cheminement de la personne qui les fait.

Les premiers siècles jésuites

Philippe Lécrivain, Les premiers siècles jésuites. Jalons pour une histoire (1540-1814), Lessius, (Au singulier), Namur , 2017.

Philippe Lécrivain prolonge les recherches que John W. O'Malley avait entreprises avec son ouvrage sur les premiers jésuites. Le présent ouvrage montre comment le Compagnie de Jésus fut présente dans les différents continents en couvrant les périodes qui vont jusqu'à son rétablissement en 1814. Parce qu'ils sont bien du monde, les jésuites rencontrés par cette étude vont nous faire entrer dans les débats qu'ils ont animés, ils nous font découvrir les milieux auxquels ils ont été confrontés, et les peuples où ils ont été envoyés.

Le Dieu qui tient parole

Ramon Martinez de Pison, Le Dieu qui tient parole. Petite histoire du salut pour aujourd'hui ; Mediaspaul, 2017.

Faire de la théologie peut effrayer pas mal de croyants. Pourtant, l'enjeu est important. Comment se passer d'une recherche sur ce qui relie à Dieu si on veut enrichir sa foi ? Dans un monde où la qualité de la communication est à surveiller pour dépasser le risque de l'individualisme, l’auteur nous invite à mesurer tout ce qu'impl, i, que notre conception d'un Dieu dont la Parole est créatrice, initiatrice d'alliance, libératrice, prophétique, d'un Dieu dont la Parole s'est faite chair en Jésus. Il faut aussi mesurer que la parole ne reçoit pas toujours l'accueil nécessaire dans les conditions de vie actuelle. Le livre aidera à nourrir des croyants en recherche.

Thomisme et théologie moderne

Sylvio Hermann de Franceshi, Thomisme et théologie moderne. L'école de saint Thomas à l'épreuve de la querelle de la grâce (XVIIe siècle – XVIIIe siècle), Artège – Lethielleux, (Sed Contra) Paris, 2017.

L'auteur est un des meilleurs historiens des idées religieuses à l'époque moderne. Il nous fait découvrir la rivalité et les débats qui existaient entre différentes écoles et l'ouvrage fait comprendre l'importance de la tradition et les conditions pour faire partie des disciples de saint Thomas. Un thomiste était souvent identifié par le désir profond d'accueillir la doctrine du docteur Angélique et la volonté de la diffuser, mais pas toujours en ayant tous les moyens pour s'approprier les données des discussions. Le point qui permettait de voir un disciple de Thomas d'Aquin était souvent le débat sur la grâce et la prédestination. Le parcours dans les débats des grandes écoles (jésuites, dominicains, augustiniens...) permet de revoir l'analyse de l'agir humain quand la grâce vient , soutenir la volonté sans qu'elle ne force la liberté.

La prière du Notre Père. Un regard renouvelé

Conférence des évêques de France, La prière du Notre Père. Un regard renouvelé, Paris, Bayard-Cerf-Mame, 2017.

A l’occasion de l’introduction en Avent 2017 de la nouvelle traduction du Notre Père (« Ne nous laisse pas entrer en tentation… ») dans les diocèses de France, huit évêques proposent un « regard renouvelé », chacun assurant le commentaire d’une des huit demandes. Ces commentaires s’enracinent dans le donné biblique, Ancien Testament compris. Ils évoquent les tâches pastorales de l’Église d’aujourd’hui et les situations contemporaines (faim dans le monde, conflits meurtriers, difficulté de pardonner, etc.).
Mgr de Kérimel, en préface, souligne le double enjeu du Notre Père : grandir dans notre relation filiale envers Dieu et dans notre relation fraternelle. Bernadette Mélois (« Magnificat ») situe le Notre Père dans l’Écriture, dans l’eucharistie et dans la liturgie des Heures. En finale, un article traite de la lectio divina et un autre de la relation fraternelle (« Un père avait deux fils »). Il n’est pas toujours facile de vivre avec des frères et sœurs que nous n’avons pas choisis, soit au plan familial, soit dans la communauté chrétienne. Cette relation se situe entre communion et altérité.
La prière du Notre Père est tellement familière qu’elle peut en devenir routinière. Parfois, elle semble trop rude, notamment lorsqu’on n’est pas prêt à pardonner. Ce petit livre à recommander peut nous aider à un « regard renouvelé » sur Celui qui nous est le plus proche, tout en étant le Créateur de toutes choses. Il peut servir à la méditation personnelle, pour un partage entre chrétiens, pour la prédication dominicale ou lors d’une récollection.

André Haquin

Jésus. L’encyclopédie

Joseph Doré (dir.) et Christine Pedotti (coord.), Jésus. L’encyclopédie, Paris, Albin Michel, 2017.

Ancien doyen de la Faculté de théologie de Paris et ancien archevêque de Strasbourg, Jospeh Doré avec environ 70 auteurs propose une véritable « encyclopédie » concernant le Jésus de l’histoire. Cette « synthèse » est destinée aux chrétiens et aux croyants d’autres religions, ainsi qu’aux non croyants. L’évangile choisi comme fil conducteur est celui de Luc dont le « parcours » allant jusqu’à l’Ascension est le plus complet. Les trois autres évangiles sont largement consultés ainsi que les lettres pauliniennes et johanniques.
Les 26 chapitres de l’ouvrage se distribuent en trois parties : les Commencements, la Vie publique, La Passion et la Résurrection. Chaque chapitre est construit de la même manière. Tout d’abord un « prologue narratif » (« On pourrait raconter les choses comme ceci »). Ensuite, la réflexion de fond et les éclairages sur des points précis. Enfin, des « contrepoints » rédigés par des personnalités de divers horizons et une « carte blanche » où un auteur exprime en toute liberté ce que les données exposées lui suggèrent.
L’encyclopédie s’enrichit d’environ 200 documents iconographiques allant des premiers siècles à nos jours. Un précieux Glossaire précise le sens des termes moins familiers. L’écriture de l’ouvrage est élégante et accessible. Le prédicateur y trouvera un éclairage autorisé sur la vie de Jésus et en tirera profit au fil de l’année liturgique, de même que les catéchistes et les responsables de cercles bibliques. Bref, ce précieux volume peut être pour chacun un « compagnon de route ».

André Haquin

Peuples de prêtres, prêtres pour le peuple

Sous la direction de la Société Jean-Marie Vianney, Peuples de prêtres, prêtres pour le peuple, Sacerdoce commun et sacerdoce ministériel : deux participations à l'unique sacrifice du Christ, Artège-Lethielleux, Paris, 2017.

Cet ouvrage reprend les actes d'un colloque tenu à Ars en janvier 2017 sur l'articulation entre les deux sacerdoces et veut ainsi mettre en lumière une complémentarité entre eux. La présentation montre que sacerdoce commun et sacerdoce ministériel sont des participations à l'unique sacerdoce du Christ qu'il faut lui aussi préciser par rapport aux prêtres de l'Ancien Testament. Le cardinal Ouellet, dans la première contribution, à propos du sacerdoce du Christ, évoque par là son identité profonde à relier à la théologie trinitaire, donc au rôle de l'Esprit Saint et par là à la communion ecclésiale. Cette pensée théologique systématique éveille à bien recevoir des recommandations des Pères, comme saint Jean Chrysostome évoqué par le Père Jacky Marsaux à propos de la participation du peuple dans la liturgie : «Pourquoi trouves-tu que le peuple soit associé au prêtre ? ... ne laissons pas tout retomber sur les prêtres mais nous également, ayons le même souci de toute l’Église, comme d'un corps qui nous est commun. » Le Père Sautereau, en canoniste, commente les interventions du Saint-Siège dans cette articulation prêtre-laïcs dans le contexte de crises qui ont suscité des mises au point. Jean-Paul II, pour répondre à la crise de prêtres minimisant la différence des deux sacerdoces, invitait ceux-ci à croire à leur propre mystère, ce qui est la première fidélité demandée à un prêtre. La question de la différence et de la complémentarité du sacerdoce commun et du sacerdoce ordonné peut rester délicate : les interventions permettent d'en donner une meilleure intelligence.

Europe et Israël : deux destins inaccomplis

David Meyer, Bernard Philippe, Europe et Israël : deux destins inaccomplis. Regards croisés entre un diplomate et un rabbin, Lessius, (l'Autre et les autres), Namur, 2017.

Des rencontres, le partage de convictions et une amitié entre David Meyer, rabbin professeur de littérature rabbinique, et Bernard Philippe, ancien fonctionnaire européen longtemps en poste au Proche-Orient, nourrissent ce livre. Il plaide pour la fécondité d'un tel dialogue pour parler de l'avenir d'Israël, ainsi que pour relire l'histoire et le projet de l'Europe en prenant en compte le genre de questions qui se posent pour Israël. Quand le discours d'un rabbin rejoint la politique non pas en se conformant à la pression de la communauté et sous le couvert des partis politiques au pouvoir, cela provoque et suscite une autre vision juive de l’État d'Israël. Si la théologie peut ainsi redonner un rôle particulier à Israël, cela pourrait faire comprendre que la pensée diplomatique ou politique est trop courte, si l'on pense l'Europe et le projet d'un vivre ensemble qui la concerne : à l'heure des flux de migrants et de réfugiés, il faudrait revenir à une dimension spirituelle des racines de l'Europe.

Les Pères de l’Église dans tous leurs états

Annie Wellens, Les Pères de l’Église dans tous leurs états. Goûter aujourd'hui le fruit de leurs vignes, Lessius, (au singulier), Namur, 2017.

Annie Wellens lit assidûment les Pères de l’Église depuis de longues années. Elle est cofondatrice de l'association Caritaspatrum qui organise des journées d'étude sur les Pères de l’Église. Elle donne ici le fruit de ses fréquentations, reprenant des interventions données devant des assemblées de spécialistes. Alors que les métiers du livre sont menacés par un appauvrissement croissant de la relation à l'écrit, il y a fort à penser que la découverte des Pères de l’Église vienne éclairer une critique de la lecture comme consommation d'un objet de divertissement. On se souviendra de l'admiration d'un Augustin quand il voit Ambroise, silencieux, absorbé par la lecture de l'Ecriture pour en mettre à jour le sens spirituel. Renvoyant à des maîtres spirituels au long des siècles, l'ouvrage d'Annie Wellens nous propose de les découvrir dans leurs écrits comme des compagnons pour notre route.

Contempler avec Victor Hugo

Véronique Dufief, Contempler avec Victor Hugo, Salvator, Paris, 2017.

Véronique Dufief nous invite à nous embarquer pour une traversée des œuvres de Victor Hugo. Selon le témoignage qu'elle en donne, une telle traversée permet à chacun de renouer avec l'aventure de son désir de vivre et d'aimer. Dans la préface de la Légende des siècles, Victor Hugo confesse qu'il a voulu &eacut, e;crire « une espèce d'hymne religieux à mille strophes, ayant dans ses entrailles une foi profonde et sur son sommet une haute prière. » Cette foi serait-elle une foi en la poésie, comme travail aux limites des capacités du langage ? Ce serait là une critique des pensées hypocrites d'une religion des forts grâce à un caractère précaire, ce terme étant à prendre dans sa signification originelle. Le discours poétique est fruit de la prière et donc permis par une puissance supérieure. Le programme d'un parcours poétique peut se vivre avec Victor Hugo comme chemin de conversion. On voit alors que la poésie laisse ouverte la question de Dieu mais ouvre largement le chemin vers l'Autre qui commence après le deuil spirituel de l'ego destitué de ses illusions narcissiques. Pour connaître, il faut s'ignorer et accepter que l'approche de l'Autre et de son mystère demande d'être disposé à se laisser connaître par ce que l'on cherche à découvrir.

Pour une alternative catholique

Jean-Noël Dumont, Pour une alternative catholique, suivi de trois études sur Montalambert, Péguy et Cavanaugh, Cerf, 2017.

Dans cet ouvrage, Dumont aborde la communion eucharistique, dans la lignée du théologien américain William Cavanaugh. L'essai est à classer dans une théologie politique, ce qui n'a rien à voir av, ec une théocratie mais ouvre plutôt sur un débat dans un espace public que l'on croirait devoir neutraliser alors que se presse à sa porte une diversité de cultures et de convictions. Il ne faudrait pas faire taire les religions, nous dit-il, mais leur donner la parole. Utopie ? Faire l’Église, c'est laisser parler un agir politique à même de renouveler la communion, l'hospitalité, l'alliance. Le livre l'explique et en communique la conviction.