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Recensions de livres

Chaque mois, dans la revue diocésaine Communications, l'abbé Bruno Robberechts propose une sélection de quelques livres sortis récemment. Vous trouverez ci-dessous les dernières recensions publiées...

Le christianisme n'existe pas encore

Dominique Collin, Le christianisme n'existe pas encore, Salvator, Paris, 2018.

Sören Kierkegaard figure parmi les penseurs chrétiens dans un petit ouvrage intitulé Apprendre à philosopher avec la philosophie chrétienne (Baptiste Jacomino, Géraldine Maugars, chez Ellipses, 2017). Chose surprenante, d'une certaine manière, alors que certains s'interrogent sur la notion de philosophie chrétienne, alors aussi que le réalisme thomiste qu'il est conseillé de choisir pour se lancer dans une pensée systématique du mystère chrétien serait bien différent d'une pensée existentialiste. Viserait-on juste, pour parler de l’Évangile, en valorisant la passion plus que l'éclairage intellectuel des concepts, en renvoyant à l'angoisse et à l'absurde d'une vie sans la foi plus qu'à une vocation à la béatitude éternelle ? L'option de reconnaître Kierkegaard dans une pensée chrétienne a pourtant quelque chose de contradictoire, de provocateur quand on sait qu'il y a chez lui un refus de donner massivement le qualificatif chrétien pour une société, pour une pensée. Mais penseur du paradoxe et de l'ironie qu'il est, cela attire l'attention sur la situation du christianisme dont les membres voient, par la seule thèse écrite par ce philosophe sur la question, sciée la branche sur laquelle ils pensaient pouvoir s'asseoir. A moins que Kierkegaard n'ait vu juste en disant, c'est là sa thèse, qu'il n'y avait pas de chrétienté (« chrétienté » ou « christianisme », la querelle des mots demande de relever les nuances que cela pourrait comporter mais la thèse du philosophe vise bien le christianisme en tant qu'il s'affirmerait comme une réalité historique). En somme, il nous demande de rencontrer le Christ sur le chemin de l'existence ou mieux de découvrir qu'il est le Chemin qui donne sens à l'existence sans cela vouée à l'absurde. Voilà de quoi faire des constats et chercher à mieux entendre des propos sur le déclin de la chrétienté : osons aller jusqu'à reprendre, comme dans le livre de Dominique Collin, le terme d'inexistence, au risque de choquer, mais de faire sortir parfois d'une illusion si la confrontation à l’Évangile était évitée parce que les yeux d'une société très fière de son progrès ne pouvaient s'accommoder à sa lumière. Dominique Collin a donc publié un ouvrage qui interpelle dès que son titre résonne alors qu'il ne fait encore que laisser résonner la voix de Kierkegaard. Il fait découvrir du penseur danois mieux que l'intelligence, la posture existentielle, la sensibilité antisystème et anticonformisme.
Le propos pourrait passer pour osé : nier, comme à partir d'un surplomb philosophique, des évidences auxquelles on ne pourrait renoncer sans risquer de casser ce qu'on appellerait une culture chrétienne. Mais oublier la dynamique intérieure qui est à l’œuvre dans l'appel à croire, se contenter de croyances qui légitiment nos projets humains alors qu'ils s'alimentent de croyances et non de la foi, pourrait faire rater la Parole Evangile qui, elle, fait Vivre. De quoi en sortir avec l'amalgame embarrassant sur les « valeurs chrétiennes » qui tiennent plus du consensus que du renoncement à soi demandé par le Christ ? De quoi désamorcer le christianisme assimilé même sans se l'avouer à un système de pensée à côté d'idéologies fondées sur des abstractions pour ouvrir l'espérance du Royaume à des disciples qui auraient découvert Dieu en aimant en réponse à son amour ?

Journal de Raïssa

Raïssa Maritain, Journal de Raïssa, Desclée de Brouwer, nouvelle édition, préface de René Voillaume, 2018.

Desclée de Brouwer propose une nouvelle édition des notes de Raïssa que son mari Jacques Maritain avait rassemblées en 1962. Ce texte qui était épuisé permet de découvrir le riche témoignage d'un chemin d'amour secret, d'amour fou pour Dieu. Raïssa Maritain, née dans une famille juive et convertie au catholicisme, fut une poète et une mystique qui eut une grande influence dans la vie de son mari, philosophe. Voici des pages d'une grande profondeur qui invitent chacun à élargir son horizon spirituel.

Saints et guérisseurs

Philippe Carrozza, Saints et guérisseurs. Nous soulagent-ils du mal ? Enquête inédite et surprenante chez les guérisseurs, les barreurs de feu, les thérapeutes, les sourciers et autres rebouteux, Weyrich, Neufchâteau, 2018.

Résultat d'une enquête, ce livre ne veut pas dicter ce qu'il faut croire ou ne pas croire à propos de phénomènes surprenants, d'histoires de guérison ou de l'efficacité de remèdes qui touchent au spirituel. Reste donc au lecteur à se forger une opinion, en s'étant informé de choses inexpliquées par les créneaux rationnels. Que faut-il penser du don que certains ont reçu pour soulager les douleurs ? Cela interpelle en tout cas, et interpelle en particulier le croyant qui entend le guérisseur faire le lien avec sa foi. Des prêtres exorcistes ont aussi été invités à livrer un témoignage sur leur ministère qui n'est pas tant une thérapie que l'accompagnement d'un combat spirituel contre le Malin. Philippe Carrozza a aussi voulu en savoir plus sur les traditions populaires qui voient des démarches en certains lieux de pèlerinages ou sous le patronage de saints invoqués dans des circonstances précises. Son enquête l'a conduit dans des lieux typiques de nos régions comme Foy-Notre-Dame ou le Sanctuaire Saint-Antoine de Harre ; il nous invite aussi à Crupet ou au mont Saint-Michel ; on croise aussi la démarche de nombreux pèlerins à Lourdes, Beauraing, Banneux ou à Lisieux.

La grande intuition

Jacques Degeye, La grande intuition. Lettre au pape François sur quelques sujets délicats, préface de Jean-Marie Mottoul, Demdel, Arlon, 2018.

Si Jacques Degeye n'impose pas une révolution à l’Église, ses propos en appellent à une profonde réforme ou à un renversement donnant plus de place à des petites communautés. Décrivant la situation actuelle de la religion avec ses nombreux écueils, il montre bien des blocages présents et en appelle à une évolution. En tout cas, il décrit les problèmes en cherchant ce qui bloque aujourd'hui. Le propos tisse souvent assez large, voulant faire entrer le lecteur dans le nœud de nombreuses articulations que suppose l'argumentation. Ce qui peut dérouter par la succession de nombreux niveaux de discours et de références à des domaines différents où sont redéveloppées des problématiques.
L'auteur distingue le caractère institué de la religion de la dimension spirituelle de l'engagement des membres des communautés mais s'y dit aussi le jeu des pouvoirs quand il en va de la liberté de chacun. La grande intuition, pour reprendre le titre de l'ouvrage, est à saisir dans une dimension de spiritualité à même de renouveler sinon le fonctionnement de l'Église elle-même du moins pour essayer de la regarder à partir de ses membres, d'autant plus qu'ils seraient vraiment porteurs de cette intuition. Ce qui était le projet d'une Lettre au pape est devenu un appel à qui désirerait répondre au message d'Amour, de Vérité et de Beauté de l’Évangile. S'y ressent le désir d'une mise au point à propos du fonctionnement de l’Église, s'y cache l'espérance pour chacun d'y trouver vraiment sa place.

Sommes-nous sortis de la crise du modernisme ?

Jacques Musset, Sommes-nous sortis de la crise du modernisme ? Enquête sur le XXe siècle catholique et l'après concile Vatican II, Karthala, Sens et conscience, 2017.

L'auteur voudrait nous faire sortir d'une crise qui concerne l’Église, qui décrit la place de chrétiens critiques par rapport à une Église qu'ils ont du mal à faire leur. Il se reconnaît parmi eux et se réfère à la crise moderniste, en décrit la teneur et dresse le portrait de quelques-unes des grandes figures qui s'y firent entendre. La crise moderniste n'appartient peut-être pas au passé. C'est un éclairage que peut apporter ce livre en présentant les réticences de l'homme d'aujourd'hui avec une pensée dogmatique. Même à reconsidérer ce que sont les dogmes et les circonstances qui furent le berceau de leur expression, il en va de la démarche descendante d'un style de pensée auquel résiste un sujet en recherche d'un Dieu dont le monde a obscurci l'évidence. Un renouveau, en accord avec l'attention prêtée par les progrès de l'exégèse à la Bible, est envisageable. Le livre décrit le Concile Vatican II, en montre les promesses mais aussi les piétinements. Un livre à refermer si on ne supporte pas le genre de critiques, alors qu'on sentirait l'envie de raboter une sorte de socle de pensée sur lequel repose l'ensemble qu'on appelle chrétienté ou christianisme (voir la recension du livre de Dominique Collin) et qu'on en jugerait par l'orthodoxie d'une pensée. Pour situer le débat, on peut prendre une question en exemple : comment Jésus est ou peut être chemin de vie aujourd'hui ? Par son existence ou par la doctrine qui lui attribue des titres et donne une intelligence du mystère du salut, même s'il faut déjà retraduire cette notion de mystère pour nos contemporains ? Un souci œcuménique fait entendre les Protestants qui réfèrent leur foi à la rencontre du Christ. Le débat ne doit pas occulter cette rencontre, la présence du Christ à son Église alors qu'elle est ce qui peut justement l'éclairer.

Ce que dit la Bible sur la louange

Alain Dumont, Ce que dit la Bible sur la louange, Nouvelle Cité, (Ce que dit la Bible sur, 31), Bruyères-le-Châtel, 2018.

Aucune littérature sacrée ne déploie aussi abondamment l'art de la louange que la Bible. Elle le fait parce que la tradition religieuse qui s'y trouve exprime ce sur quoi elle s'appuie : la présence salvatrice de Dieu. La louange devient ainsi un pilier de la vie du croyant chrétien. L'auteur, prêtre, bibliste et membre de la communauté de l'Emmanuel avait écrit un ouvrage intitulé « Je loue donc je vis » mais en laissant pour une autre occasion le désir d'exprimer le fondement biblique de la louange. L'ouvrage présent le complète et lui donne de mettre en évidence une conviction profonde dont est porteuse la Bible, cette formidable mémoire de croyants : entrer dans la lecture de la Bible est prendre un chemin de vie et de croissance. Les rabbins évoquent parfois la louange comme un cri de naissance. La louange serait bien l'expression d'un cri qui répond à l'appel à vivre que le Seigneur nous lance par la Bible. Qu'elle exprime donc l'action de grâce pour la vie qu'il nous donne.

Baudouin et Fabiola

Bernadette Chovelon, Baudouin et Fabiola, L'itinéraire spirituel d'un couple, Artège, Paris, 2018.

La motivation de Bernadette Chovelon n'a rien du désir d'un historien de se pencher sur la période correspondant au règne de Baudouin. Elle a voulu faire suivre à ses lecteurs l’itinéraire spirituel de cet homme et de cette femme qui avaient choisi, dès leurs premières rencontres, de mettre Dieu et les paroles évangéliques au centre de leurs vies, malgré bien souvent une pluie de critiques dures à entendre. Chaque couple a son histoire, son histoire sainte. Bernadette Chovelon a déja écrit avec son mari un ouvrage sur l'Aventure du mariage chrétien. Consulter de nombreux témoignages sur l'histoire des souverains belges lui a donné la joie de vivre ainsi avec Baudouin et Fabiola le renouveau d’une Église postconciliaire rajeunie et fervente, qui découvrait la spiritualité conjugale, la joie de la prière commune d’un homme et d’une femme unis par le sacrement de mariage et le bonheur de chanter chaque jour ensemble la louange du Seigneur.

Le trésor

François de Muizon, Père René Combal, Le trésor. Histoire et Spiritualité de Notre-Dame du Laus, Salvator, Paris, 2018.

Les douze chapitres de ce livre rappellent d'abord les faits, les épisodes marquants de l'histoire de Notre-Dame du Laus (1664-1718) avant d'aborder différentes questions qu'ils suscitent. Les deux voix qui dialoguent, celle du Père René Combal, recteur du sanctuaire depuis 1972, et celle de François de Muizon, spécialiste des sciences de l'information et de la communication, se complètent par des accents spirituels ou plus anthropologiques. La vie de Benoîte Rencurel, bergère de cette région alpine, va changer quand elle rencontre un inconnu – c'est saint Maurice qui lui apparaît – qui lui annonce qu'elle verrait la Vierge Marie. Les faits sont surprenants et le personnage de Benoîte paraît exceptionnel. De quoi interpeller et chercher à comprendre pour accueillir des messages quand l'esprit d'aujourd'hui voudrait en vain tout expliquer.

Le Droit de l’Église au service... du catéchuménat

Bruno Goncalves et Laurent Tournier (dir.), Le Droit de l’Église au service... du catéchuménat, Artège-Lethielleux, (Cahiers de la Faculté de Droit Canonique de l'Institut Catholique de Paris), Paris, 2018.

Le droit de l’Église aide la pratique pastorale et c'est dans cette finalité qu'un tel vade-mecum peut accompagner les pasteurs sur le chemin de maturation et de discernement qu'est le catéchuménat. A travers les différentes contributions de cet ouvrage, expériences de terrain, pastorale diocésaine et apport de l’Église se conjuguent pour le service de tous.

L'inimaginable compassion

Michel Farin, L'inimaginable compassion, Editions Vie Chrétienne, Paris, 2018.

Il suffit d'ouvrir un journal ou d'écouter les informations : le monde aujourd'hui souffre d'un manque criant de compassion. Migrants rejetés, personnes âgées oubliées, pauvres opprimés par le capitalisme globalisé... Plus fondamentalement, chaque homme dès sa naissance, nu et démuni de tout, dépend de la compassion d'autrui.
S'appuyant sur l’Écriture, Michel Farin montre ici que la compassion humaine n'est pas qu'un sentiment naturel. Elle provient d'une manière inimaginable de l'Amour infini de Dieu pour l'homme qu'il crée à son image, qu'il rejoint pour toujours en Jésus, mort et ressuscité, et auquel il insuffle son Esprit pour en faire son Fils. Nous aurions tendance à retenir l'explication que la science nous donne d'une vie articulée à celle des autres par le fonctionnement de nos neurones. Mais au-delà de la nature, notre vie humaine est de répondre à l'enjeu d'une existence personnelle d'un être fait à l'image de Dieu. La compassion est chemin de salut, pas seulement d'une guérison toute provisoire parce que c'est la miséricorde de Dieu qui y est à l’œuvre même en s'y tenant discrète. Elle demande de mettre en priorité le respect de la dignité de chaque enfant de Dieu. Bien des situations critiques sont à examiner à cette lumière d'un Sauveur qui a accepté, par compassion, de nous rejoindre dans les enfers où se trouvent bien des humains.

Sermons pastoraux

Louis Bouyer, Sermons pastoraux 1936-1938, Ad Solem, Spiritualité, Paris, 2017.

Né dans une famille luthérienne et devenu pasteur après des études de théologie et de lettres, Louis Bouyer étudie les Pères de l’Église qui le conduisent vers l’Église catholique. Considéré comme une figure importante parmi les théologiens français du XXe siècle, on pourra ici prêter attention à ses sermons composés alors qu'il était encore pasteur luthérien à Paris. Les thèmes abordés par ces sermons nourrissent une méditation qui s'ouvre volontiers à une dimension œcuménique.

Rien de ce qui est inhumain ne m'est étranger

Martin Steffens, Rien de ce qui est inhumain ne m'est étranger. Éloge du combat spirituel, Points Vivre, Paris, 2016.

Quand l'auteur s'explique sur le titre de cet ouvrage, on comprend vite l'enjeu d'un livre qui peut nous accompagner dans un domaine que la mentalité ambiante semble si souvent nier. Comment être humain serait la possibilité de prendre conscience et d'agir contre le mal en respectant qu'il risque, comme mystère, de nous dépasser. La solidarité avec ce qui est humain risque de mettre entre parenthèses l'inhumanité qui blesse si souvent l'homme. Il faut donc prendre pleine mesure de la réalité du mal pour envisager les armes qui pourront le vaincre. Martin Steffens invite à se méfier du combat qui mettrait en avant nos propres forces ou une prétendue suffisance à s'en sortir, car le mystère du mal en appelle à un Sauveur. « Il est seul Dieu, avec une majuscule, celui qui osa se faire minuscule, assez humble pour nous rejoindre là où nous sommes dans la pénible réitération de notre mal. » Le mal, Jésus s'en est chargé une fois pour toutes, pour l'emporter dans la mort et en faire autant d'occasions de nous ressusciter. L'éloge du combat spirituel met en évidence l'humilité plus que la bravoure, la grâce que l'on reçoit bien davantage que l'énergie qu'on aurait prétendu déployer.

Jésus, le Juif central

André Lacocque, Jésus, le Juif central. Son temps et son peuple, édition originale : Jesus the Central Jew. His times and His People, SBL Press, 2015, traduit de l'anglais par Jean-Marc Degrève, Cerf, (Lire la Bible, 194), Paris, 2018.

L'auteur nous invite à une enquête sur la personne de Jésus, en visant le Jésus historique, à distinguer d’autres termes que l'on trouve dans la littérature : Jésus mythique (selon certains chercheurs plus sceptiques), Christ (auquel les disciples se réfèrent dans une foi raisonnée) ou « vrai Jésus ». Suivant les critères et les méthodes pour mener ce genre d'enquête, il s'agira de faire parler les sources – les évangiles ou d'autres sources anciennes. La relation d'un croyant au Seigneur qu'il reconnaît en Jésus n'importe pas directement mais trouvera là de quoi s'articuler à ce qui peut être établi plus ou moins fermement au niveau de l'histoire. Si André Lacocque parle d'un Juif central, c'est qu'à côté d'aspects marginaux de la personnalité de Jésus, il convient de chercher qui il est en mettant au centre sa judaïté. Et c'est en faisant référence à des documents juifs qu'il mène bien souvent le débat. Pourquoi Juif central ? Central est à prendre comme l'inverse de marginal, alors que Jésus était sans doute marginal d’un point de vue sociologique et politique.

Éclats d’Évangile

Marion Muller-Collard, Éclats d’Évangile. Bayard – Labor et Fides, Montrouge Cedex, Genève, 2017.

Marion Muller-Collard a eu la mission d'une chronique biblique dans le journal Réforme. Elle a pris  cette contrainte comme une nouvelle respiration qui lui a fait découvrir un troisième poumon par lequel respirer la liberté : la liberté de ne pas en rester à des attentes car le Seigneur les dépasse largement, la liberté d'élargir ses horizons et de nourrir par là un désir de vivre en allant vers les paysages inexplorés de la Grâce vers lesquels la Parole sans cesse nous déplace.

Psychothérapie de Dieu

Boris Cyrulnik, Psychothérapie de Dieu, Odile Jacob, Paris, 2017.

Le neuropsychiatre qu'est Boris Cyrulnik est intrigué, interpellé par la spiritualité et par la place dans celle-ci de Dieu à qui on peut se confier, sur qui on peut compter. Il se pose la question de ce que la psychologie peut dire à ce sujet. Sans prétention de tout expliquer, le livre se contente souvent de relater et décrire d'un point de vue psychologique ce qu'on désigne comme religion dans la vie des hommes. Il oriente parfois un peu l'opinion en comparant avec d'autres moments de la vie relationnelle et en évoquant ce qui la permet, supposant pouvoir dire ce qui autorise un attachement à Dieu dans le psychisme humain. Le livre ne cherche pas à déconstruire en expliquant tout. On restera peut-être à hésiter à rentrer dans le jeu de neutralité du psychologue pour décrire  l'attachement et pour parler de l'objet de cet attachement quand on parle d'amour de Dieu ou de la place de Dieu dans une vie. Sans aller dans le sens de la foi, donc sans donner une teneur ou une consistance forte au mot Dieu, le travail du psychiatre non croyant est aussi de repérer ce qui permet le comportement religieux reconnu important par les personnes parce qu'il fait sens, comme de noter les conditions personnelles ou culturelles qui peuvent conditionner des représentations de Dieu. Qui dit représentation dit aussi image et mots pour traduire ou véhiculer ces représentations. En même temps que beaucoup d'informations sur l'aspect psychologique du comportement religieux, ce livre aide à discerner sur le phénomène religieux du point de vue des conditions psychologiques, prenant aussi en compte ce que la psychologie dit de la vie sociale. Le lecteur, s'il est croyant, pourra repérer comment on en vient à se fabriquer des images de Dieu dont on a besoin. Il comprendra aussi qu'il est un être incarné et cela peut nourrir en lui une foi sainement critique.

Une année d'espérance avec saint François et sainte Jacinthe de Fatima

Jean-François de Louvencourt, Une année d'espérance avec saint François et sainte Jacinthe de Fatima, préface du cardinal Manuel Clemente, patriarche de Lisbonne, Parole et Silence, Paris, 2018.

Ce livre nous propose de passer une année avec François et Jacinthe, les deux petits bergers témoins des apparitions de Fatima, canonisés le 13 mai 2017. Le livre est particulier car les deux enfants n'ont jamais rien écrit. Comme un calendrier, chaque jour devient un rendez-vous pour se mettre en présence du message qu'ils auront porté, de leur volonté de ne plus faire que ce que Dieu leur demandait. Ceci est permis à travers les multiples témoignages qui ont fleuri de la découverte des grâces qui ont inondé leur vie.

L'art de s'émerveiller avec saint François et sainte Jacinthe de Fatima

Jean-François de Louvencourt, L'art de s'émerveiller avec saint François et sainte Jacinthe de Fatima, Artège, Paris, 2017.

François et Jacinthe, deux des enfants témoins des apparitions de Fatima, ne sont pas restés passifs durant leur vie. Pour traverser de multiples épreuves liées au message qu'ils devaient porter, ils ont grandi dans une spiritualité qui se traduit bien par l'émerveillement et par un lien vital avec le Seigneur. Ce livre montre combien les deux enfants nous livrent une spiritualité accessible à tous qui répond admirablement aux multiples désillusions de notre monde contemporain. D'où l'intérêt de ce livre : apprendre à s'émerveiller à l'école de François et Jacinthe qui ont grandi dans cette attitude au cours des événements qui se sont présentés à eux.

Pleine conscience et tradition spirituelle chrétienne

Emiliano Lambiase, Andrea Marino, Pleine conscience et tradition spirituelle chrétienne, traduit de l'italien et préface de Tonino Cantelmi, Fidélité, Namur, 2018.

Les auteurs de ces pages sur la pleine conscience sont psychologues et psychothérapeutes. On peut constater avec eux que la nature humaine ne suit pas toujours ce que la vie moderne a tendance à imposer à chacun : distraction, vitesse, intolérance vis-à-vis des contrevenues, des déceptions, des limites. La pleine conscience n'est pas la panacée qui remédie à tout. Mais comme technique d'un usage conscient, intentionnel, focalisé et sans jugement de l'attention, elle permet en particulier de développer des attitudes existentielles pour se relier aux autres et à la réalité. Elle croise alors comme attitude de vie des courants spirituels et en particulier des courants de la spiritualité chrétienne. Les auteurs ont à cœur de le montrer dans ces pages pour reconnaître dans la pleine conscience un moyen de franchir la porte de la prière et ensuite une manière d'être présent avec amour dans les plus petites choses autant dans la vie active que contemplative.

Gaston Fessard (1897-1978)

Michel Sales, Gaston Fessard (1897-1978). Genèse d'une pensée, 2ème édition augmentée, Lessius, Namur, 2018.

Philosophe de la liberté humaine dans l'histoire, Gaston Fessard a élaboré une anthropologie et une philosophie chrétiennes de la société dont ce livre éclaire le projet et les enjeux. Pour cela, il présente, dans une série de courts chapitres, l'ensemble de la vie et de l’œuvre de G. Fessard. Déjà publié en 1977 chez Culture et Vérité, le volume est ici augmenté d'une bibliographie des publications de Gaston Fessard et d'une présentation de l'itinéraire, de la vocation et de la bibliographie de Michel Sales par Frédéric Louzeau.

Abimélek ou l'homme qui voulut être roi

Catherine Vialle, Abimélek ou l'homme qui voulut être roi. Juges 9, Lessius, (Péricopes), Namur , 2018.

Pourquoi raconter dans la Bible l'histoire d'Abimélek qui parvint à devenir roi en assassinant 70 demi-frères ? Une véritable guerre civile suivra et Abimélek lui-même y laissera la vie, demandant à son écuyer de l'achever. Le pouvoir qui a choisi la violence aboutit plus que souvent à un surplus de violence. Le texte nous le fait comprendre. Vient aussi la réflexion portée par la parabole de Yotam, où des arbres sont interpellés pour devenir roi, et d'où peuvent ressortir des dimensions prophétiques. Les références à l'alliance conclue à Sichem par Josué gagnent à être prises en compte : celui qui se détourne du Seigneur risque de voir l'histoire se retourner contre lui.

L'éternité. Rêve ou réalité ?

Jean-François Gosselin, L'éternité. Rêve ou réalité ? Mediapaul, Montréal, 2018.

Parler d'éternité aujourd'hui demande une certaine audace. L'auteur, mathématicien qu'un parcours en théologie a ouvert à un autre regard sur le monde, nous dit que la question de la destinée soulève immanquablement celle de l'éternité. Pas une sorte d'immortalité personnelle pour laquelle marchander sa vie, mais une manière d'inscrire sa vie présente dans un horizon bien plus vaste. On a voulu faire oublier l'éternité mais c'est là un risque dont on mesure l'ampleur avec un parcours faisant retour au temps des Anciens, aux philosophes grecs, à saint Augustin, ou interrogeant des penseurs plus récents comme Paul Ricœur. L'espérance de l'éternité s'exprime aussi et surtout, à la lumière d'un parcours biblique comme désir de quelqu'un plutôt que tension dans un rapport conflictuel avec le temps. L’Écriture guérit d'une projection hors d'une vie terrestre empoisonnée : elle révèle plutôt un amour de Dieu créateur et menant nos vies vers une plénitude que lui seul permet.

Comment peut-on être catholique ?

Denis Moreau, Comment peut-on être catholique ? Seuil, Paris, 2018.

Si l'athée devait se défendre de son athéisme, c'est le croyant aujourd'hui qui doit donner raison de sa foi. Ce qui ne veut pas dire prétendre avoir le dernier mot, de manière dogmatique. Le croyant d'aujourd'hui ne doit pas se justifier devant des critiques de dogmatisme quand il serait classé comme prétendant détenir la vérité : sa vie peut témoigner que la vérité est plutôt une ouverture respectueuse à différents points de vue, ouverture qui fait avancer au-delà des certitudes trop vite admises. Le ton est donné, c'est un philosophe qui parle, qui éclaire ce que le discours de foi a de particulier, la liberté qui y est liée, le risque de ne pas en entendre la richesse. Il va aussi chercher dans cette source qu'est la révélation comme dans les fruits que montre une vie chrétienne qui répond à la Parole de Dieu. Le propos est agréable à suivre, vivant et à conseiller à qui croirait ces questions trop vite embêtantes. Croyant, Moreau revient aussi sur l’Église et sur son histoire, ouvrant à autre chose que les critiques que l'on peut lui adresser. Le but n'est pas de convertir, mais de soutenir que croire peut se montrer une chance, une manière d'avancer sans avoir une réponse à tout mais en faisant un choix que la raison respecte.

Dieu n'a jamais voulu ça

Jonathan Sacks, Dieu n'a jamais voulu ça, La violence religieuse expliquée, traduit de l'anglais par Julien Darmon, Albin Michel, Paris, 2018.

L'auteur est rabbin et a enseigné en Angleterre. Dans un parcours à la pédagogie confirmée, il entend décrypter la violence liée à la religion. Il se place dans le cadre des monothéismes avec les spécificités et les parcours particuliers du judaïsme, du christianisme et de l'islam, mais il cherche aussi dans les racines culturelles, dans la psychologie et la sociologie, avec les phénomènes de violence liée à la vie en société. Le livre montre que le lien entre religion et violence est oblique et non pas immédiat. On ne peut pas faire comme si certains récits que l'on trouve dans le livre de la Genèse n'existaient pas. Sacks soutient qu'il faut une nouvelle interprétation de ces textes, de sorte que ceux-ci soient source d'une solution alors qu'ils ont posé problème. Il demande une nouvelle approche plus profonde, impossible dans les lectures partiales alors qu'elles ouvrent à une découverte de l'altérité, des risques de rivalité, de peur, de soupçons et de haine. Sacks se fait l'interprète de l'antisémitisme pour montrer comment la peur peut conduire à la haine et à des mécanismes inhumains. Ils invitent aussi tous les enfants d'Abraham – juifs, chrétiens, musulmans – à trouver les moyens pour vivre ensemble en paix.

Dieu est assez grand pour se défendre tout seul

Léonard Amossou Katchekpele, Dieu est assez grand pour se défendre tout seul. L'apologie du chrétien, Lessius (Au singulier), Namur, 2018.

De peur de gêner les athées, les croyants ont vite tendance à se faire les avocats de Dieu. Parfois, cela revient, plus que d'interpréter, à édulcorer, voire à dénaturer le message. A l'athée convaincu que Dieu est mort et au chrétien inquiet dont l'attitude ferait dire que Dieu se meurt, peut-être faudrait se désencombrer de l'ambiance dans laquelle font plonger bien des vieux débats. On imagine aussi d'autres débats avec ce que certains racontent d'un retour de la religion. Etre témoin de Dieu est autre chose que de plaider sa cause. Si l'auteur parle d'apologie du témoin, il s'agit donc de raconter comment on peut dire quelque chose de Dieu, rencontré dans la vie sans le connaître autant qu'on le voudrait – il est vu de dos plutôt que de face. Il s'agit de témoigner mais en osant d'abord se laisser interroger par ce que Dieu dit et fait.

Puissance de la gratitude

Pascal Ide, Puissance de la gratitude. Vers la vraie joie, Éditions de l'Emmanuel, Paris, 2017.

La gratitude a des effets bénéfiques pour notre corps et pour notre psychisme. La gratitude peut en particulier nous tourner vers celui qui est la source de tout don, notre Créateur.
L'ouvrage se veut ouvert à différents niveaux, de la psychologie à la spiritualité. L'auteur, en bon pédagogue, questionne le lecteur pour lui permettre d'ouvrir les questions qui le feront changer. Il ne manque pas d'exemples puisés dans la culture et en particulier dans le cinéma.

Pierres noires

Joseph Malègue, Pierres noires, Les classes moyennes du salut, Ad Solem, Paris, 2018.

Lors d'une homélie, le pape François évoquait un auteur français utilisant l'expression « classes moyennes de la sainteté ». Il y a les saints de tous les jours, les saints « cachés », comme le disait un auteur français. Cet auteur est sans doute Joseph Malègue et il faut faire droit au génie de son œuvre dans laquelle on trouve le bien – le plus – connu « Augustin ou le maître est là ». La littérature, chez Malègue, permet de faire découvrir ce que peut être une sainteté de tous les jours ou, pour revenir plus précisément aux termes utilisés par l'auteur, une classe moyenne du salut. Le présent ouvrage sorti chez Spes en 1958 est en fait une trilogie tirée de ce que Malègue en avait déjà achevé et de ce qu'il n'avait que projeté avant sa mort. Le roman permet de se figurer, à travers différents personnages, ce que peut être la sainteté dans une région déchristianisée. Malègue montre la religion dans une société et son ordre établi quand il y a aussi, à côté de ce qu'un Bergson aurait décrit comme statique, une aspiration plus haute à suivre l'idéal évangélique. Le premier étage explique, légitime et sanctifie le rez-de-chaussée, dit quelque part un personnage. Sans que cela ne discrédite la vie du plus grand nombre sans doute repris dans la classe moyenne. L'exemple d'un petit village d'Auvergne, Peyrenère, dans ce qu'il a de typique, décrit la sécularisation par l'opposition entre le village d'en-haut avec les notables – comprenant aussi des figures d'Eglise – et puis le progrès de l'industrie et l'essor de la laïcité dans le village d'en bas. La forme du roman redit bien que Dieu s'est incarné pour sauver des personnes dont on découvre une histoire au sein d'une société qui semble suivre ses propres lois. Malègue nous aide à dire qu'une telle description oublie quelque chose si un supplément d'humanité ne puise pas à l'amour de Jésus montré sur le Calvaire et aux témoignages de ceux qui ont voulu prendre leur croix pour servir leurs frères. La préface d'Henry Bousquet de l'édition de 1958 est précédée de celle de José Fontaine très éclairante pour entrer dans la lecture et pour dire de Malègue l'importance de sa place dans la littérature chrétienne.

Satan accuse

José Luis Sicre Diaz, Satan accuse, Le procès des évangélistes, traduction de Ivan Murovec, Fidélité, Namur, 2017.

Pourquoi des divergences, voire des contradictions entre des passages bibliques ? Le projet du livre est de donner une manière de lire plus intelligente, un point de vue qui resitue les trois évangiles synoptiques les uns par rapport aux autres. Plein d'humour, l'auteur met de la vie dans ce procès haut en couleur montrant l'à-propos des remarques et des récriminations de celui qui dit ne pas comprendre ou ne pas croire. Une manière agréable de revisiter les évangiles, de répondre aux différentes objections et d'éviter les pièges du fondamentalisme.

Vivants grâce à Dieu

François Odinet, Vivants grâce à Dieu, préface d'Enzo Bianchi, Novalis, Lumen Vitae, Namur, 2018.

Jésus commençait son témoignage en parlant d'une Bonne Nouvelle adressée aux pauvres. François Odinet ne fait pas que confirmer qu'elle soit adressée aux pauvres, il nous invite à l'entendre avec eux. Cet ouvrage se fait écho de partages bibliques vécus au sein de la Famille Bartimée, une association fondée près de Toulouse en 2011 par Nicole Vaissière. Comme y invite Wresinski qui nous disait que les pauvres ont quelque chose à nous apprendre, François Odinet cherche à mettre en résonance Parole de Dieu et paroles de personnes en situation de pauvreté et il tente ici de montrer des perspectives théologiques qui font le pont, notamment en puisant aux intuitions de la lectio divina telles que Guigues II le Chartreux les précise dans son Echelle des moines.

Paraboles mode d'emploi

Olivier Lebouteux, Paraboles mode d'emploi, préface de Thérèse et Antoine Leclerc, Fidélité, Namur, 2018.

En parlant de « mode d'emploi », l'auteur nous signale que le sens d'une parabole n'est pas entièrement perçu si la parabole n'est pas, d'une certaine manière, vécue, si elle n'est pas une leçon de vie. Chaque texte est questionné, commenté et actualisé, puis le livre propose de puiser aux sources de l'Ancien Testament, des Pères de l’Église, avant d'explorer encore le sens d'un mot important du passage repris. Cet ouvrage est un superbe outil pour les groupes de lecture biblique. Les responsables des Equipes Notre-Dame pour la France, la Belgique et la Suisse, qui le préfacent le recommandent pour vivre une année en équipe.

Va-t-en, Satan !

Michel Farin, Va-t-en, Satan !, Vie Chrétienne, Paris, 2018.

A la lumière de l’Écriture et des Exercices Spirituels de saint Ignace de Loyola, l'auteur, jésuite et réalisateur, analyse le fonctionnement et l'emprise du père du mensonge, Satan, et démythifie le « péché originel ». Il reprend le récit de la Genèse en invitant à ne pas s'arrêter sur les images. « Ce qui se passe dans le cinéma peut servir de parabole pour évoquer ce que produit l'intervention du péché » : parmi tous les arbres du paradis, Adam et Eve n'en voient plus qu'un, se focalisant sur un seul fruit, ils font un arrêt sur image qui les fait sortir du film, c'est-à-dire de l'histoire de l'Alliance entre eux et le Créateur. Quand la confiance en la Parole qui donne sens est rompue, faut-il vraiment espérer trouver une explication qui vaille ? Le mystère du mal apparaît dans l'histoire quand l'Esprit fait lire les signes d'un manque de confiance à la Parole créatrice. Et le Christ nous presse à démasquer et à refuser le mensonge si nous reconnaissons sur la Croix son amour qui nous sauve.

Si Jésus est vraiment parmi nous, alors, où est-il ?

Père Richard Veras, Si Jésus est vraiment parmi nous, alors, où est-il ?, Magnificat, Paris, 2018.

Le titre de ce livre est la question d'un élève agacé à son professeur de religion, d'un agacement qui traduit une difficile quête de ce qui peut faire vivre. Bibliste et professeur au Séminaire de New York, l'auteur raconte dans une quête passionnante les chemins que Dieu prend pour se révéler à nous, comment sa présence peut être magnifiée par les disciples. Sa présence est toujours d'actualité quand des chrétiens se réunissent en son nom, quand nous croyons que c'est toujours son amour qui nous rassemble et nous fait vivre.

Ressources du christianisme

François Jullien, Ressources du christianisme, Mais sans y entrer par la foi, Edition de L'Herne, Paris, 2018.

Quelle place le christianisme a-t-il dans nos sociétés ? François Jullien, en philosophe, s’ouvre aux ressources du christianisme. Par ressources, il faut entendre qu'il reste toujours quelque chose du christianisme à découvrir. Croire, comme base d'une catégorie, marquerait trop vite un clivage entre croyant et non-croyant quand on perçoit le message de l'Evangile comme une ressource ouverte à tous. L'auteur évoque une « dé-coïncidence » qu'exprime la promesse de vie à celui qui, plutôt que s'attacher à sa vie, est prêt à s'en détacher. Suivant certains passages de l’évangile de Jean, on entend que le Verbe apporte une nouveauté véritable. Il ne donne pas de haïr ce monde pour un autre monde imaginé en palliant aux faiblesses du premier mais il donne à chacun, comme sujet, de ne pas être assimilé, de ne pas coïncider avec le monde et donc d'exister au sens vrai. Comme vérité, et même signe de contradiction, il apporte une nouveauté plus essentielle : plutôt qu'un nouveau parti, il défait la partialité des partis. Le christianisme se présente pour qui cherche comme lieu de ressources d'une existence véritable, ce n'est pas une tendance sectaire par rapport à un monde dont il faudrait se méfier. De quoi puiser aussi de reconnaître d'autres sujets dans une véritable altérité. La réserve exprimée dans le titre pourra interroger : « sans y entrer dans la foi » à propos du christianisme, n'est-ce pas le risque de rester à l'extérieur et de manquer l'essentiel ? Mais n'est-ce pas aussi une invitation à un regard autocritique pour le croyant convaincu ou une porte d'entrée accessible pour celui qui avoue manquer du don de la foi. Une interrogation philosophique du point de l'existence peut être salutaire pour se dire que peut-être la foi n'est pas ce que l'on pensait, qu'il y a des croyants qui se font illusion si dans le fond, leur vie n'en est pas éclairée. Si le christianisme est plein de ressources, il y a donc à puiser à la signification profonde des mots en gardant à l'esprit que le Seigneur est la Vérité mais qu'il est aussi la Vie.

Penser la foi chrétienne après René Girard

Bernard Perret, Penser la foi chrétienne après René Girard, Ad Solem, Paris, 2018.

L'importance du mimétisme, le mécanisme du bouc émissaire sont deux aspects de la pensée de Girard qui ont renouvelé de vastes domaines des sciences humaines et sociales. La question qui sous-tend ce livre aborde la religion et la foi chrétienne en particulier quand on est sensible à sa théorie du sacré et son interprétation du message chrétien. On pense notamment à la cohérence entre la prédication du Royaume et la signification des circonstances de la mort de Jésus. L'auteur parle en confessant sa foi chrétienne, c'est-à-dire en proclamant la résurrection du Christ et en la prenant comme une lumière à laisser parler dans l'existence. Il a reconnu que la pensée de Girard ouvre un chemin privilégié pour réconcilier le regard du croyant et de l'observateur engagé. Girard a eu un rôle prophétique montrant le tragique de l'histoire et invitant avec insistance à une conversion à l'amour. Parfois trop pessimiste, il n'en reste pas moins une source pour éclairer le fonctionnement de nos institutions et la pertinence anthropologique de nos rites religieux.

Chanter pour Dieu

Grégory Turpin, Chanter pour Dieu, Le Passeur, Paris, 2017.

Jeune chanteur auteur, compositeur chrétien, Grégory Turpin témoigne ici de son idéal chrétien et du chemin de vie qu'il emprunte pour le rejoindre. Il ne peut vivre sans Dieu et témoigne de son intimité avec lui. Il veut coupler sa démarche artistique de chanteur avec un ministère de témoignage. Il répond à un appel, à une véritable vocation de témoin. Sa sensibilité, associée à sa foi profonde, ouvre des pistes pour l'évangélisation. Servir est pour lui un chemin d'accomplissement bien loin des schémas de carrière de star, dans une simplicité nécessaire pour rester serviteur de Dieu. A travers une captivante série d'avis sur divers sujets, on découvre une personne source pour penser le christianisme. Tout en simplicité, il puise à des racines solides et aide à discerner comment rejoindre l'homme ou la femme d'aujourd'hui. Il éclaire aussi sur ce que vivent les jeunes générations de chrétiens.

L'Institut d'études théologiques (IET) de Bruxelles

Xavier Dijon et Bernard De Plaen, L'Institut d'études théologiques (IET) de Bruxelles. Chronique d'un demi-siècle (1968-2018), Namur, Lessius, 2018.

Ce livre raconte l'histoire de l'Institut Théologique de Bruxelles, fondé en 1968, dans les années qui suivirent le concile, selon une méthode soucieuse d'organiser la théologie autour de l’Écriture Sainte. Le livre évoque comment l'institut a changé en s'ouvrant à un public qui a évolué des scolastiques jésuites aux membres d'autres congrégations, à des séminaristes, notamment des Parisiens du temps de Mgr Lustiger ou encore aux laïcs soucieux d'une solide formation chrétienne. Le deuxième chapitre expose les perspectives et la méthode d'enseignement pratiquée à l'IET. Cinquante ans d'une histoire qui illustre un service de la théologie, discours tendu entre Dieu et le monde.

Il a dressé sa tente parmi nous

Philippe Bacq, Il a dressé sa tente parmi nous. Lecture de l'évangile de Jean 1 – 13,35, Lumen Vitae, préface d'Ignace Berten, postface d'André Fossion, Éditions Jésuites, (Écritures en Pastorale, 4), Namur, 2018.

Philippe Bacq concevait une pastorale qui propose l’évangile et un regard évangélique sur la réalité.  Dans cet esprit, il s'est attelé à proposer un commentaire des évangiles. Atteint par un cancer et décédé en novembre 2016, il avait déjà rédigé des commentaires de Luc et de Marc. Lumen Vitae a décidé de publier le travail inachevé touchant les 13 premiers chapitres de l'évangile de Jean, le commentaire des 8 premiers étant déjà finalisé. Proche du texte, Philippe Bacq aide le lecteur à entendre le texte lui-même sans aller trop vite dans le jeu des interprétations et les reprises théologiques. Le livre reprend aussi l'homélie qu'André Fossion prononça au moment de dire adieu à cet exégète : elle est publiée en guise de postface pour saluer celui qui a bien souvent partagé toute la saveur perçue dans l’Écriture.

Lueurs dans l'histoire

Paul Valadier, Lueurs dans l'histoire. Revisiter l'idée de Providence, Salvator, Paris, 2017.

Assister aux efforts de l'humanité face à tout ce qui l'inquiète aujourd'hui pourrait faire douter d'une issue heureuse. Le livre de Valadier prend parti pour une vision positive même quand la planète et la civilisation sont malmenées. Ce n'est pas par utopisme, dans un manque de réalisme ou dans un refus d'&a, mp;amp, ;, ecirc;tre dérangé vraiment par ce qui serait le plus alarmant, que l'on peut encore aujourd'hui parler de Providence. C'est en philosophe croyant, en faisant se croiser les apports de la philosophie et de la théologie. Et Valadier fait ainsi entrer dans une intelligence renouvelée de notre situation, en montrant le rôle d'une sagesse qui prend la mesure de ce qui se cache dans l'actualité, pour réapprendre à lire les signes des temps. Il n'est pas évident de prétendre que Dieu est maître des temps en se faisant l'interprète de sa volonté. Et à viser un ordre moral idéal, comme aurait dit Nietzsche, le chercheur de sens risque bien d'être découragé et d'éprouver sa propre vanité à chercher à se réaliser dans une cause illusoire. Le providentialisme consiste à postuler un sens. La Bible donne une perspective en orientant les regards vers un A-venir promis et attendu. La fidélité à un Dieu qui veille sur nous comme un Père invite en retour à une vigilance. Elle invite aussi à une sagesse qui n'élève pas au niveau utopique de la nécessité d'un dénouement heureux, mais rend plus accueillant aux appels, aux invitations, aux rendez-vous d'un Dieu qui nous veut assez libres pour y répondre.

Heurs et malheurs de l'autorité

Henri Madelin, Heurs et malheurs de l'autorité ; Entretiens avec Yohan Picquart, Lessius, (Au singulier, 38), Namur, 2018.

Dans ce livre d'entretiens, Henri Madelin cherche à éclairer ce qu'est l'autorité, à bien la distinguer du pouvoir. Henri Madelin a été à la frontière du politique et du religieux. Il a été conseiller d'hommes politiques influents, il a eu des charges importantes au sein de la compagnie de Jésus, il a été aumônier du Mouvement Chrétien des Cadres. L'autorité n'est pas le pouvoir. Il est bon de le rappeler et de percevoir ce qui donne l'autorité dans un temps où elle semble souvent en crise.

Trop envie de le dire

Charles Delhez, Trop envie de le dire, préface de Jacques Franck, Fidélité, Namur, 2018.

Ce livre reprend des chroniques du Père Charles Delhez publiées depuis 2010 dans différents médias et regroupés par thématique. Il en va de notre monde, de notre société et surtout de la lumière qui peut l'éclairer avec pertinence. Coller à la vie quotidienne, puiser à la source d'amour que les croyants reconnaissent en Dieu contribue à cet éclairage et on apprécie l'expression toujours affinée de Charles Delhez et sa manière de faire se conjuguer avec équilibre le réalisme et la foi.

Philosophie de Péguy ou les mémoires d'un imbécile

Camille Riquier, Philosophie de Péguy ou les mémoires d'un imbécile. PUF, Paris, 2017.

La vie de Péguy est double. Il y a celle qu'il vécut au sein des Cahiers de la Quinzaine, sous l'emprise du devoir et de l'Affaire Dreyfus. Mais il y a aussi une autre vie, heureuse mais virtuelle, qu'il n'a pu accomplir et qui a surgi comme malgré lui dans son écriture : une vie vouée à la philosophie. L'ambition de ce livre est de fournir à la philosophie de Péguy l'appareil capable de manifester le plus fidèlement possible le profond ordre intérieur qui tient ensemble tout ce « fatras » de textes qui ont jailli génialement de sa plume. Qu'il soit philosophe, fondamentalement, c'est le point où s'articulent ses différents profils souvent difficiles à concilier. La pensée de Péguy, c'est en même temps une méditation sur la révolution socialiste et une rumination de son échec, c'est ensuite  arbitrer un combat dans le monde entre culture et barbarie, quand le monde moderne a découronné des cultures anciennes en les inondant de sa barbarie. Sauver ces cultures anciennes était une de ses tâches pour retrouver des racines et que vive l'humanité. Riquier entend aussi se faire le témoin d'une immense confession que Péguy a livrée dans son œuvre, car il y apparaît une confession de sa foi catholique. C'est là que sa vie, comme un aboutissement et non comme un écart ou un rebroussement, est arrivée et ce fut pour comme une « promotion dans l'être ».

Ce que dit la Bible sur… la confiance

Patrick Laudet, Ce que dit la Bible sur la confiance, Nouvelle Cité, (Ce que dit la Bible sur..., 25), Bruyères-le-Châtel, 2017

On manque souvent de confiance aujourd’hui. L’homme est dépassé par ce qu’il fait, par le cours des événements qu’il a cru bon devoir accélérer en prétendant faire plus. La précaution est de mise et même instituée en principe. Mais qu’en dit Dieu, qu’en dit la Bible ? La Parole de Dieu fait voir ce qui détruit la confiance originelle : c'est le mensonge. Quand le diable apparaît et insinue le soupçon, il crée la distance qui nuit à la confiance et bien sûr la distance avec Dieu. Mais Dieu est miséricorde, il veut préserver une vie qui soit vie avec lui. Dans la miséricorde qu’il donne, Dieu fait découvrir que la confiance redonnée est bien plus grande que la confiance donnée. Les prophètes le disent et aussi des poètes comme Péguy. Ce dernier évoque le repos dans le Seigneur et, concrètement, le sommeil du juste ou de l'homme de foi. Péguy, en porte-parole de Dieu, voit celui-ci plaindre ceux qui n’ont pas confiance en lui, qui n’en dorment plus, qui ne peuvent se reposer en lui. « Ils ont le courage de travailler ? Ils n’ont pas le courage de ne rien faire... Les malheureux, ils ne savent pas ce qui est bon. Ils gouvernent bien leurs affaires pendant le jour mais ils ne veulent m'en confier le gouvernement pendant la nuit. » Une image qui interpelle nos cœurs qui manquent de foi est celle du Christ qui dort dans la barque sur les flots agités. Si le monde est en tumulte, voilà bien un appel pour avoir davantage, comme lui, confiance dans le Père. 

Ce petit livre interpelle sur un thème vital de la vie spirituelle. Il offre un parcours biblique suffisamment représentatif, tout en restant celui d'un ouvrage d'accès facile. C'est bienvenu et c’est en même temps un appel à avancer sur nos chemins de foi.

Se préparer au mariage selon Amoris Laetitia

Alain Mattheuws, Se préparer au mariage selon Amoris Laetitia, Parole et Silence, (Collège des Bernardins), 2016.

La pastorale familiale doit faire connaître par l'expérience que l’évangile de la famille est une réponse aux attentes les plus profondes de la personne humaine, à sa dignité et à sa réalisation dans la réciprocité, dans la communion et dans la fécondité. Il ne s'agit pas seulement de présenter des normes mais de proposer des valeurs en répondant ainsi aux besoins que l'on constate aujourd'hui. Le ton de cette plaquette parue en 2016 est donné. Plaquette qui fait encore résonner des accents importants de l'exhortation post-synodale. Cela vaut en effet la peine de renouveler préparation et accompagnement des couples. Pour le monde d'aujourd'hui il est juste de faire goûter les choses plutôt que de saturer de messages trop abstraits. L'expérience fait dire qu'il faut viser une sorte d'initiation au sacrement du mariage. Si le pape parle bien d'une pastorale qui concerne non seulement l'avant mais aussi l'après du sacrement, cela doit attirer l'attention sur le besoin d'une véritable pastorale des familles dans les paroisses. 

Avec Laudato si’, devenir acteurs de l'écologie intégrale

Fabien Revol (dir.) Avec Laudato si’, devenir acteurs de l'écologie intégrale, Peuple libre, Lyon, 2017.

L'encyclique Laudato si’ apparaît nouvelle à bien des égards par rapport à l'enseignement de l’Église jusque-là. Il y a bien une continuité si l'on prend la question de la justice et l'option préférentielle pour les pauvres mais la manière de considérer la Création et de parler d'écologie marque un tournant. L'écologie n'est pas qu'un thème à la mode ; être gardien de la maison commune est une exigence qui découle de la foi. Le livre part d'un constat : les expériences d'un développement intégral en train d'éclore sont à partager largement pour une véritable conversion. Ce manuel présenté ici, fruit des travaux de trois collectifs de la région Auvergne-Rhône-Alpes, peut stimuler d'autres expériences ailleurs. La première partie de l'ouvrage offre une relecture de l'encyclique. La deuxième partie offre des repères pour se donner comme objectif l'écologie intégrale, laquelle ne se contente pas de plaquer de l'écologie sur le modèle de croissance en cours. La nouveauté de François passe par un développement intégral qui demande une conversion tout autant spirituelle qu'écologique. L'ouvrage est très didactique et insiste sur la finalité d'une action toujours au service de l'homme et de sa dignité. 

La musique : un sacrement ?

Michel Steinmetz, La musique : un sacrement ? La médiation de la musique rituelle comme lieu théologique : une participation à l'épiphanie du mystère de l’Église, Parole et Silence, Paris, 2017.

La musique a, selon Vatican II, une fonction ministérielle dans la liturgie. Elle est un moyen : la recherche du beau ne suffit pas, elle doit s'intégrer dans la vie de la communauté, comme un service et l’acte de foi doit l'éclairer. La Parole ouvre à la louange et la musique en fait le chant qui allie texte et mélodie, connaissance et émotion. La Parole est souvent équivoque et la raison ne domine pas tout. Le rite, de nature symbolique, par des gestes symboliques, fait rejoindre le surnaturel. Une telle mise en présence de l'insaisissable, qui reste objet d'espérance, se vit aussi dans la musique qui transporte son auditeur pour ne rester présente que dans le cœur et la mémoire. Contribuant dans un ordre sacramentel, la musique a donc toute sa place dans la liturgie. Inscrivant l'action dans la profondeur de l'âme humaine, c’est l’homme tout entier qui y est engagé. Il faut ajouter ici que si le XIXe siècle a mis la subjectivité en évidence, la musique qu'appelle la liturgie suppose une dimension communautaire et même cosmique. Elle contribue dans le rite à un mouvement de communication entre les membres de l'assemblée et entre l'assemblée et le Christ. Ainsi, elle trouve vraiment place dans la liturgie. La musique, qui éveille l'émotion est aussi à relier au Logos, de sorte que la musique liturgique puisse aussi signifier la présence du Christ, Verbe incarné. Et c'est en effet son corps mystique qui le chante : le peuple de Dieu.

Grandir avec le Christ

Père Louis Pelletier, Grandir avec le Christ. La maturité spirituelle, Artège, Paris, 2017.

Que veut dire se convertir dans un monde où l'on remarquerait bien des signes d'immaturité ? Comment grandir avec le Christ, comment coopérer à l’œuvre de Rédemption du Christ dans un monde où beaucoup somnolent spirituellement parlant ? On ne peut meubler tout seul le vide spirituel par de petites compensations. L'auteur en appelle à sortir de la confusion entre la conscience morale et la conscience psychologique du bien que l’on peut faire. Il invite aussi et surtout à réaliser cette certitude qu'il y a un amour plus fort que le mal. Grandir signifie retrouver l'usage de nos facultés proprement spirituelles, être dans la réalité plutôt que dans les idées. Cela signifie pour le disciple du Christ : aimer ce qu'il fait plus que faire ce qu'il aime. La vie avec les autres, la vie dans la communauté de l’Église est aussi à redécouvrir pour faire ensemble ce chemin de conversion qui soit en même temps chemin avec le Christ. 

<, p> L'affrontement chrétien

Emmanuel Mounier, L'affrontement chrétien, présentation par Guy Coq, Parole et Silence, Paris, 2017. 

Que veut vraiment dire être chrétien ? Que signifie répondre à l'interpellation abrupte du Christ dans l’Évangile ? Dans l'affrontement chrétien, Mounier se montre proche de Péguy et Bernanos dans ce qu'ils ont de spirituels pour un questionnement radical. Parole et Silence réédite ce texte présenté comme une réfutation de Nietzsche mais qui est plutôt une manière pour Mounier de se laisser guider par Nietzche pour aller plus loin dans l'analyse d'une dégénérescence du christianisme. S'y fait entendre un appel prophétique que les croyants d'aujourd'hui trouveront exigeant mais indispensable. 

Brève apologie pour un moment catholique

Jean-Luc Marion, Brève apologie pour un moment catholique, Grasset, Paris, 2017.

Posant la question d'un avenir catholique en France, parlant de laïcité et de séparation, le philosophe qu'est Ma, rion offre une pensée stimulante revenant sur un régime qui garantit qu'il n'y ait pas de religion d'Etat. Il précise aussi que la source de l'éthique ne doit pas assimiler le bien ou le vrai à des abstractions que l'on serait en droit d'évaluer. La communion et le bien commun, expérience que l'on en fait, sont donc à faire valoir autrement que dans un projet politique qui viserait la croissance de certains critères. Il faut sans doute pour cela revoir ce que signifient le pouvoir politique et l'autorité au service de la communion qui devrait l'éclairer. 

Les divorcés remariés peuvent-ils communier ?

Ignace Berten, Les divorcés remariés peuvent-ils communier ? Enjeux ecclésiaux autour du Synode sur la famille et d'Amoris laetitia, Lessius, (La Part-Dieu, 31), Namur, 2017.

Ce livre se veut révélateur des tensions entre différentes positions dans l'Eglise à propos de la discipline sacramentaire visant les divorcés remariés. Comme le sous-titre l'indique, il commente la crise qui entoure différentes réactions au style pastoral novateur du pape François. L'auteur situe les tenants des options que l'on pourrait caricaturer comme doctrine et vérité, d'un côté, comme regard réaliste sur la vie actuelle et miséricorde, de l'autre. Il critique une référence trop rigide à la doctrine alors que le discernement sur des cas particuliers, souvent difficiles, a souvent été source d'enrichissement pour l'intelligence pratique. Ignace Berten analyse la progression des débats aux deux sessions du synode et commente l'exhortation post-synodale. L'examen invite à réfléchir sur l'autorité magistérielle dans l’Église quand, dans Amoris laetitia, le pape François ne veut pas imposer son point de vue, mais se montre sensible aux exigences pastorales de la situation présente, où il ne s'agit pas non plus de condamner ceux qui insistent sur une pastorale plus rigoureuse. On en vient alors à se demander quel changement le ton d'Amoris laetitia représente alors qu'il ne remet pas en cause la discipline de Familiaris Consortio. Le souci de la cohérence entre discipline et doctrine est-il tenable avec le respect des personnes qui fait viser leur bien spirituel au-delà du jugement de leur situation ? Ignace Berten insiste sur le besoin d'un changement de la doctrine, d'une manière cohérente avec un changement de la discipline. Echapper au dilemme entre continuité et rupture suppose d'être prêt à une réforme par fidélité à ce qui est le plus essentiel. L'histoire dira si les crispations que ce genre de débats nourrit laisseront ouverte la possibilité de dire toujours mieux, à la lumière de la foi, la beauté de la famille et de l'engagement des époux dans un monde où il y a tant d'amours blessées.

Que penser de... la théorie du genre ?

Ignace Berten, Que penser de... la théorie du genre ?, Fidélité (que penser de... ?, 96), Namur, 2017.

Evoquer la question du genre fait vite entrer dans des polémiques dans les milieux catholiques. Depuis des discriminations liées à des rôles socialement définis jusqu'à la proposition d'une société qui éliminerait les différences liées à la condition sexuée, bien des points sensibles sont concernés. Berten fait rapidement le tour de quelques positions ecclésiales ou magistérielles visant l'idéologie du genre. Le dernier chapitre est le lieu de quelques remarques pour un discernement : entre la seule référence à la nature (donc à la biologie avec des cas plus délicats) et le libre choix de son genre, il faut trouver une anthropologie équilibrée. L'exigence d'un discours non discriminatoire pour les minorités n'impose pas de se persuader qu'on peut gommer des différences pourtant riches d'humanité.

Une morale souple mais non sans boussole

Alain Thomasset, Jean-Miguel Garrigues, Une morale souple mais non sans boussole. Répondre aux doutes des quatre cardinaux à propos d'Amoris laetitia, Cerf, préface de Christoph Schönborn, Paris, 2017.

L'exhortation post-synodale sur la famille, Amoris laetitia, a entraîné des réactions à l'encontre du pape François suspecté d'aller trop loin sans qu'il ne remette pourtant en cause l'enseignement de saint Jean-Paul II. L'insistance sur la miséricorde et l'invitation au discernement chère au jésuite qu'il est mineraient-elles la conformité à la doctrine ? Les doutes qu'ont exprimés quelques cardinaux rejoignent une certaine franche de catholiques soucieux d'une morale catholique intègre. Les auteurs de cet essai se complètent admirablement avec leur parcours et leur sensibilité respectifs. Jésuite et moraliste puisant à la philosophie de Ricœur, Alain Thomasset dialogue avec un dogmaticien et patrologue qui se tourne vers des sources plus anciennes et il y a une recherche de vérité à une profondeur qu'un seul point de vue ne peut atteindre. Dans une première partie de l'ouvrage, Thomasset entend mener un discernement quant à l'application des normes universelles aux cas singuliers. Il tient à rappeler que les normes et principes tels qu'on en trouve dans Veritatis Splendor, qui menait la chasse au relativisme, ne trouvent leur sens que dans la perspective du bien. Pas de relativisme pour qui cherche ainsi. Garrigues répond de manière similaire aux doutes des cardinaux en voulant lever les ambiguïtés que certains semblaient reconnaître dans les propos du pape François. Le discernement pastoral pour l'application à des cas particuliers d'une manière diffère sensiblement d'une réflexion sur la vérité comme Veritatis Splendor et cela ne signifie pas l'abandon de principes doctrinaux. Garrigues montre d'ailleurs comment la Tradition de l’Église, à partir de saint Thomas, a fait valoir la nuance entre un savoir théorique et un savoir pratique lequel doit prendre en compte la portée déterminante de l'inclination à un bien dans un choix libre. Il attire aussi l'attention sur le risque pour des théologiens d'une certaine sensibilité de s'approprier ce qui serait la doctrine de l’Église en s'efforçant de rejeter ce qui lui semble contraire alors qu'une approche de foi, attentive à la grâce, ne peut fonctionner par systématisations. Cela vaut la peine de rappeler une citation de Péguy qui évoque la morale souple donnant le titre à cet ouvrage : une morale raide n'est pas plus une morale qu'une morale souple qui, exige au contraire un constant renouvellement du cœur.

Les quatre semaines des Exercices spirituels d'Ignace de Loyola

Pierre Gervais, Les quatre semaines des Exercices spirituels d'Ignace de Loyola, préface de Jean-Marie Hennaux, Lessius, (IET), Namur, 2017.

Pierre Gervais se fait le témoin que la clé herméneutique des Exercices spirituels est de les regarder de l'intérieur, en les vivant. Toute son attention va au texte même des Exercices pour montrer qu’il peut enseigner et guider le retraitant. Cette lecture embrasse les quatre semaines des Exercices, les mystères évangéliques et les règle de discernement qui éclairent le cheminement de la personne qui les fait.

Les premiers siècles jésuites

Philippe Lécrivain, Les premiers siècles jésuites. Jalons pour une histoire (1540-1814), Lessius, (Au singulier), Namur , 2017.

Philippe Lécrivain prolonge les recherches que John W. O'Malley avait entreprises avec son ouvrage sur les premiers jésuites. Le présent ouvrage montre comment le Compagnie de Jésus fut présente dans les différents continents en couvrant les périodes qui vont jusqu'à son rétablissement en 1814. Parce qu'ils sont bien du monde, les jésuites rencontrés par cette étude vont nous faire entrer dans les débats qu'ils ont animés, ils nous font découvrir les milieux auxquels ils ont été confrontés, et les peuples où ils ont été envoyés.

Le Dieu qui tient parole

Ramon Martinez de Pison, Le Dieu qui tient parole. Petite histoire du salut pour aujourd'hui ; Mediaspaul, 2017.

Faire de la théologie peut effrayer pas mal de croyants. Pourtant, l'enjeu est important. Comment se passer d'une recherche sur ce qui relie à Dieu si on veut enrichir sa foi ? Dans un monde où la qualité de la communication est à surveiller pour dépasser le risque de l'individualisme, l’auteur nous invite à mesurer tout ce qu'impl, i, que notre conception d'un Dieu dont la Parole est créatrice, initiatrice d'alliance, libératrice, prophétique, d'un Dieu dont la Parole s'est faite chair en Jésus. Il faut aussi mesurer que la parole ne reçoit pas toujours l'accueil nécessaire dans les conditions de vie actuelle. Le livre aidera à nourrir des croyants en recherche.

Thomisme et théologie moderne

Sylvio Hermann de Franceshi, Thomisme et théologie moderne. L'école de saint Thomas à l'épreuve de la querelle de la grâce (XVIIe siècle – XVIIIe siècle), Artège – Lethielleux, (Sed Contra) Paris, 2017.

L'auteur est un des meilleurs historiens des idées religieuses à l'époque moderne. Il nous fait découvrir la rivalité et les débats qui existaient entre différentes écoles et l'ouvrage fait comprendre l'importance de la tradition et les conditions pour faire partie des disciples de saint Thomas. Un thomiste était souvent identifié par le désir profond d'accueillir la doctrine du docteur Angélique et la volonté de la diffuser, mais pas toujours en ayant tous les moyens pour s'approprier les données des discussions. Le point qui permettait de voir un disciple de Thomas d'Aquin était souvent le débat sur la grâce et la prédestination. Le parcours dans les débats des grandes écoles (jésuites, dominicains, augustiniens...) permet de revoir l'analyse de l'agir humain quand la grâce vient , soutenir la volonté sans qu'elle ne force la liberté.

La prière du Notre Père. Un regard renouvelé

Conférence des évêques de France, La prière du Notre Père. Un regard renouvelé, Paris, Bayard-Cerf-Mame, 2017.

A l’occasion de l’introduction en Avent 2017 de la nouvelle traduction du Notre Père (« Ne nous laisse pas entrer en tentation… ») dans les diocèses de France, huit évêques proposent un « regard renouvelé », chacun assurant le commentaire d’une des huit demandes. Ces commentaires s’enracinent dans le donné biblique, Ancien Testament compris. Ils évoquent les tâches pastorales de l’Église d’aujourd’hui et les situations contemporaines (faim dans le monde, conflits meurtriers, difficulté de pardonner, etc.).
Mgr de Kérimel, en préface, souligne le double enjeu du Notre Père : grandir dans notre relation filiale envers Dieu et dans notre relation fraternelle. Bernadette Mélois (« Magnificat ») situe le Notre Père dans l’Écriture, dans l’eucharistie et dans la liturgie des Heures. En finale, un article traite de la lectio divina et un autre de la relation fraternelle (« Un père avait deux fils »). Il n’est pas toujours facile de vivre avec des frères et sœurs que nous n’avons pas choisis, soit au plan familial, soit dans la communauté chrétienne. Cette relation se situe entre communion et altérité.
La prière du Notre Père est tellement familière qu’elle peut en devenir routinière. Parfois, elle semble trop rude, notamment lorsqu’on n’est pas prêt à pardonner. Ce petit livre à recommander peut nous aider à un « regard renouvelé » sur Celui qui nous est le plus proche, tout en étant le Créateur de toutes choses. Il peut servir à la méditation personnelle, pour un partage entre chrétiens, pour la prédication dominicale ou lors d’une récollection.

André Haquin

Jésus. L’encyclopédie

Joseph Doré (dir.) et Christine Pedotti (coord.), Jésus. L’encyclopédie, Paris, Albin Michel, 2017.

Ancien doyen de la Faculté de théologie de Paris et ancien archevêque de Strasbourg, Jospeh Doré avec environ 70 auteurs propose une véritable « encyclopédie » concernant le Jésus de l’histoire. Cette « synthèse » est destinée aux chrétiens et aux croyants d’autres religions, ainsi qu’aux non croyants. L’évangile choisi comme fil conducteur est celui de Luc dont le « parcours » allant jusqu’à l’Ascension est le plus complet. Les trois autres évangiles sont largement consultés ainsi que les lettres pauliniennes et johanniques.
Les 26 chapitres de l’ouvrage se distribuent en trois parties : les Commencements, la Vie publique, La Passion et la Résurrection. Chaque chapitre est construit de la même manière. Tout d’abord un « prologue narratif » (« On pourrait raconter les choses comme ceci »). Ensuite, la réflexion de fond et les éclairages sur des points précis. Enfin, des « contrepoints » rédigés par des personnalités de divers horizons et une « carte blanche » où un auteur exprime en toute liberté ce que les données exposées lui suggèrent.
L’encyclopédie s’enrichit d’environ 200 documents iconographiques allant des premiers siècles à nos jours. Un précieux Glossaire précise le sens des termes moins familiers. L’écriture de l’ouvrage est élégante et accessible. Le prédicateur y trouvera un éclairage autorisé sur la vie de Jésus et en tirera profit au fil de l’année liturgique, de même que les catéchistes et les responsables de cercles bibliques. Bref, ce précieux volume peut être pour chacun un « compagnon de route ».

André Haquin

Peuples de prêtres, prêtres pour le peuple

Sous la direction de la Société Jean-Marie Vianney, Peuples de prêtres, prêtres pour le peuple, Sacerdoce commun et sacerdoce ministériel : deux participations à l'unique sacrifice du Christ, Artège-Lethielleux, Paris, 2017.

Cet ouvrage reprend les actes d'un colloque tenu à Ars en janvier 2017 sur l'articulation entre les deux sacerdoces et veut ainsi mettre en lumière une complémentarité entre eux. La présentation montre que sacerdoce commun et sacerdoce ministériel sont des participations à l'unique sacerdoce du Christ qu'il faut lui aussi préciser par rapport aux prêtres de l'Ancien Testament. Le cardinal Ouellet, dans la première contribution, à propos du sacerdoce du Christ, évoque par là son identité profonde à relier à la théologie trinitaire, donc au rôle de l'Esprit Saint et par là à la communion ecclésiale. Cette pensée théologique systématique éveille à bien recevoir des recommandations des Pères, comme saint Jean Chrysostome évoqué par le Père Jacky Marsaux à propos de la participation du peuple dans la liturgie : «Pourquoi trouves-tu que le peuple soit associé au prêtre ? ... ne laissons pas tout retomber sur les prêtres mais nous également, ayons le même souci de toute l’Église, comme d'un corps qui nous est commun. » Le Père Sautereau, en canoniste, commente les interventions du Saint-Siège dans cette articulation prêtre-laïcs dans le contexte de crises qui ont suscité des mises au point. Jean-Paul II, pour répondre à la crise de prêtres minimisant la différence des deux sacerdoces, invitait ceux-ci à croire à leur propre mystère, ce qui est la première fidélité demandée à un prêtre. La question de la différence et de la complémentarité du sacerdoce commun et du sacerdoce ordonné peut rester délicate : les interventions permettent d'en donner une meilleure intelligence.

Europe et Israël : deux destins inaccomplis

David Meyer, Bernard Philippe, Europe et Israël : deux destins inaccomplis. Regards croisés entre un diplomate et un rabbin, Lessius, (l'Autre et les autres), Namur, 2017.

Des rencontres, le partage de convictions et une amitié entre David Meyer, rabbin professeur de littérature rabbinique, et Bernard Philippe, ancien fonctionnaire européen longtemps en poste au Proche-Orient, nourrissent ce livre. Il plaide pour la fécondité d'un tel dialogue pour parler de l'avenir d'Israël, ainsi que pour relire l'histoire et le projet de l'Europe en prenant en compte le genre de questions qui se posent pour Israël. Quand le discours d'un rabbin rejoint la politique non pas en se conformant à la pression de la communauté et sous le couvert des partis politiques au pouvoir, cela provoque et suscite une autre vision juive de l’État d'Israël. Si la théologie peut ainsi redonner un rôle particulier à Israël, cela pourrait faire comprendre que la pensée diplomatique ou politique est trop courte, si l'on pense l'Europe et le projet d'un vivre ensemble qui la concerne : à l'heure des flux de migrants et de réfugiés, il faudrait revenir à une dimension spirituelle des racines de l'Europe.

Les Pères de l’Église dans tous leurs états

Annie Wellens, Les Pères de l’Église dans tous leurs états. Goûter aujourd'hui le fruit de leurs vignes, Lessius, (au singulier), Namur, 2017.

Annie Wellens lit assidûment les Pères de l’Église depuis de longues années. Elle est cofondatrice de l'association Caritaspatrum qui organise des journées d'étude sur les Pères de l’Église. Elle donne ici le fruit de ses fréquentations, reprenant des interventions données devant des assemblées de spécialistes. Alors que les métiers du livre sont menacés par un appauvrissement croissant de la relation à l'écrit, il y a fort à penser que la découverte des Pères de l’Église vienne éclairer une critique de la lecture comme consommation d'un objet de divertissement. On se souviendra de l'admiration d'un Augustin quand il voit Ambroise, silencieux, absorbé par la lecture de l'Ecriture pour en mettre à jour le sens spirituel. Renvoyant à des maîtres spirituels au long des siècles, l'ouvrage d'Annie Wellens nous propose de les découvrir dans leurs écrits comme des compagnons pour notre route.

Contempler avec Victor Hugo

Véronique Dufief, Contempler avec Victor Hugo, Salvator, Paris, 2017.

Véronique Dufief nous invite à nous embarquer pour une traversée des œuvres de Victor Hugo. Selon le témoignage qu'elle en donne, une telle traversée permet à chacun de renouer avec l'aventure de son désir de vivre et d'aimer. Dans la préface de la Légende des siècles, Victor Hugo confesse qu'il a voulu &eacut, e;crire « une espèce d'hymne religieux à mille strophes, ayant dans ses entrailles une foi profonde et sur son sommet une haute prière. » Cette foi serait-elle une foi en la poésie, comme travail aux limites des capacités du langage ? Ce serait là une critique des pensées hypocrites d'une religion des forts grâce à un caractère précaire, ce terme étant à prendre dans sa signification originelle. Le discours poétique est fruit de la prière et donc permis par une puissance supérieure. Le programme d'un parcours poétique peut se vivre avec Victor Hugo comme chemin de conversion. On voit alors que la poésie laisse ouverte la question de Dieu mais ouvre largement le chemin vers l'Autre qui commence après le deuil spirituel de l'ego destitué de ses illusions narcissiques. Pour connaître, il faut s'ignorer et accepter que l'approche de l'Autre et de son mystère demande d'être disposé à se laisser connaître par ce que l'on cherche à découvrir.

Pour une alternative catholique

Jean-Noël Dumont, Pour une alternative catholique, suivi de trois études sur Montalambert, Péguy et Cavanaugh, Cerf, 2017.

Dans cet ouvrage, Dumont aborde la communion eucharistique, dans la lignée du théologien américain William Cavanaugh. L'essai est à classer dans une théologie politique, ce qui n'a rien à voir av, ec une théocratie mais ouvre plutôt sur un débat dans un espace public que l'on croirait devoir neutraliser alors que se presse à sa porte une diversité de cultures et de convictions. Il ne faudrait pas faire taire les religions, nous dit-il, mais leur donner la parole. Utopie ? Faire l’Église, c'est laisser parler un agir politique à même de renouveler la communion, l'hospitalité, l'alliance. Le livre l'explique et en communique la conviction.

On ne naît pas chrétien, on le devient

Michelina Tenace, On ne naît pas chrétien, on le devient, Dogme et vie durant les trois premiers conciles, Lessius, (Donner raison), Namur, 2017.

Ce livre insiste sur une intuition : dogme et vie chrétienne se correspondent, la théologie est le reflet de la vie chrétienne du croyant, théologie et spiritualité constituent comme un miroir et cela vaut la peine de réfléchir aux liens qui existent entre les contenus de la foi et l'acte par lequel on croit à un moment précis. La vie chrétienne n'est pas seulement dans les idées qui font concevoir qui est Jésus-Christ ou ce qu'il faut penser du salut. Elle suppose un engagement qui se mesure avec ce que l'homme mesure concrètement d'un itinéraire spirituel qui est de vivre en baptisé. Comme Michelina Tenace le dit à propos de saint Antoine, cela est une garantie contre les risques de dualisme. Fréquenter les Pères de l’Église est à ce point de vue particulièrement riche et l'auteur s'en fait le porte-parole : ils transmettaient la vie comme vérité de foi et comme style de vie.  

50 ans après le Concile, quelles tâches pour la théologie ?

Christoph Böttinger, René Dausner, Mathijs Lamberigts, Gilles Routhier, Pedro Rubens, Ferreira Oliveira, Christoph Theobald, 50 ans après le Concile, quelles tâches pour la théologie ? Diagnostics et délibérations de théologiens du monde entier, Lessius, (Donner raison), Namur, 2017.

Pour fêter le cinquantième anniversaire de Vatican II, cinq grands congrès intercontinentaux ont eu lieu entre 2012 et 2015 : à Modène, à Bangalore, à Boston, à Munich et à Paris. Ces organisations, avec leurs lots de conférences et de communications, étaient également des rencontres qui ont adopté un style résolument délibératif. La théologie peut s'exercer dans le dialogue des expertises respectives, ouvrant ainsi à une intelligence collective. Cet ouvrage reprend les déclarations finales des congrès de Munich et de Paris. La réflexion au congrès de Munich insista sur les tâches qui attendent la théologie catholique (en particulier dans le monde germanophone) au XXIe siècle et elle est reprise sous le titre « Réflexions sur la théologie et l’Église 50 ans après le Concile Vatican II. » Karl Rahner déclara à la clôture du Concile, en 1965, qu'il faudrait beaucoup de temps pour que l’Église devienne l’Église du Concile. Reprendre aujourd'hui des pistes de réflexion comme les axes du dialogue avec le monde et avec les autres religions convoque les représentants de toutes les disciplines théologiques à évaluer la pertinence du Concile dans les conditions actuelles de réception. Le congrès de Paris est repris sous le titre « Cinquante ans après le concile, des théologiens du monde délibèrent. » Une bonne centaine de théologiens, de chercheurs de l'intelligence de la foi chrétienne y sont entrés dans un processus de délibération, prêtant attention à la rencontre de l’Évangile avec les cultures contemporaines pour veiller ainsi à la mission de l’Église aujourd'hui et demain. Les conclusions évoquent la position de la théologie au sein de l’Église et pas seulement dans les facultés universitaires, en prenant particulièrement en compte la dimension communautaire de l’Église et le discernement que cela peut susciter quant à sa mission dans le monde d'aujourd'hui. 

Joseph Cardijn

Claire Van Leeuw, Joseph Cardijn, Au nom des jeunes ouvriers, Fidélité, préface d'Etienne Grieu, Namur, 2017. 

Claire Van Leeuw est historienne de formation. Pour les recherches qui allaient nourrir cet ouvrage, elle a tenu à partir des archives et des textes de Joseph Cardijn. Dans le contexte de la fin du XIXe siècle, le jeune Joseph Cardijn a ressenti cruellement le fossé qui se creusa quand il put, grâce aux sacrifices de ses parents, rejoindre le petit Séminaire de Malines et progresser ainsi vers le sacerdoce. Comme si, aux dires de ses anciens camarades devenus travailleurs, il avait rejoint le camp des riches. C'est dire la distance d'alors entre le monde ouvrier et l’Église. Cardijn ne cessa de vouloir apporter la Bonne Nouvelle vers les milieux populaires. Ces efforts purent se montrer en rivalité avec les mouvements de gauche. Il ne voulut pas faire de politique, encourageant les laïcs à exercer leurs responsabilités en ce domaine, mais il est certain qu'il mit en route avec les mouvements d'action catholique et en particulier la Jeunesse Ouvrière Chrétienne une dynamique qui eut son impact sur la société de l'époque. Il était très soucieux de la formation : il confia un jour  qu'un homme qui ne cherche plus est un homme mort. Il travailla des thématiques comme la question sociale, le rôle social de l’Église, le mouvement ouvrier et syndical, les coopératives, avec la méthode résumée par les trois verbes « voir, juger, agir » qui pointe vers un agir qui s'en trouve éclairé. Les papes ont soutenu son action auprès des populations ouvrières. Il était proche de Jean XXIII et osa lui souffler qu'il conviendrait bien d’écrire quelque chose pour fêter les 70 ans de Rerum Novarum car il était temps que l’Église parle du travail. A la demande du pape, il confia des pages de réflexion sur la question qui ont été prises en compte pour la publication de Mater et Magistra en 1961, encyclique qui trace le projet d'une société fondée sur l'amour et le respect de tout homme. Cinquante ans après le décès de Joseph Cardijn, il était important de faire découvrir ou redécouvrir l'itinéraire de cet homme dont l'action a marqué la vie de plusieurs générations. Ce livre nous en offre la possibilité. 

De quoi avons-nous peur ?

Michel Cool, De quoi avons-nous peur ? Désarmons-nous, Salvator, Paris, 2017.

Michel Cool, journaliste, suit un itinéraire spirituel qu'il avait commencé à tracer dans Conversion au silence. Itinéraire spirituel d'un journaliste paru chez Salvator en 2010. Depuis il confesse être habité par des peurs, en particulier lorsqu'elles sont nourries par des événements comme les attentats perpétrés dans la mouvance de l'islamisme. Il évoque la figure du Père Hamel, prêtre à Saint-Etienne-du-Rouvray, qui mourut en martyr. Il lui demande dans sa prière de désarmer la part de lui qui réclame justice et vengeance. La démarche de non-violence vécue comme on le peut dans une vie de prière, c'est préserver une place en soi pour Dieu que les réflexes de survie ou de riposte peuvent retrancher. Michel Cool évoque différentes peurs qui menacent l'esprit de foi. Peur de la violence qui rejoint la peur de l'islam dans le contexte de différents événements qui ont touché la France et l'Europe récemment. Il y a aussi une peur de l'ouverture et une peur du silence. La première est importante pour que l’Église puisse, comme le demande le pape François, aller aux périphéries plutôt que de céder à des tendances sectaires ou identitaires. A propos d'une peur du silence, Michel Cool nous livre un témoignage personnel qui insiste sur l'importance d'un silence pour échapper aux bruits extérieurs et aux bruits intérieurs comme autant de nuisances de l'esprit qui peuvent nous asservir. Pour dépasser les peurs qui peuvent nous gagner, il nous propose quelques prières à adresser à Dieu qui peut nous faire dépasser nos peurs. 

Accompagner les jeunes adultes

Sylvain Cariou-Charton, Accompagner les jeunes adultes, 7 Jésuites témoignent, Lessius, Namur, 2017. 

Ce livre est une contribution à la réflexion sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel, thème d'un prochain synode des évêques pour lequel une enquête préparatoire a été lancée. La contribution se veut selon une voie jésuite contemporaine, dans le droit fil de l'héritage d'Ignace de Loyola, de François-Xavier et de Pierre Favre. Les contributions sont représentatives de diverses réalités d'aujourd'hui, prenant particulièrement en compte des éléments comme la dimension affective, les réseaux sociaux, la liturgie ou l'engagement auprès des pauvres. S'y exprime le désir de communiquer un feu ardent, dans un langage théologique adapté et par un accompagnement spirituel soucieux des personnes. 

Spiritualité du doute

Roger Dewandeler, Spiritualité du doute, Préface d'André Gounelle, Lessius, (Donner Raison), Namur, 2017. 

Il y a un danger à ne pas se remettre en question mais le doute comme tel porte une dimension négative. Aujourd'hui, dans une civilisation qui est comme formatée par le doute, celui-ci a pourtant quelque chose de positif. Il est intéressant de retracer l'histoire de l'humanité sous ce point de vue. On pense au doute méthodique de Descartes et aux herméneutiques du soupçon (Feuerbach, Marx, Freud et Nietzsche). Le livre met aussi en évidence une spiritualité du doute à partir de personnages bibliques comme Jacob, Job et Thomas. Il s'agit encore de prendre le doute comme un élément bien présent de la personne qui se trouve appelée à un acte de foi, comme une sorte de risque lié à notre perfectibilité.

La fabrique de l'intime

Jacques Arènes, La fabrique de l'intime. Le couple, le sexe et l'enfant, Cerf, Paris, 2017.

L'auteur, psychologue clinicien et psychanalyste, est professeur à l'Institut Catholique de Paris. Il s'appuie sur son expérience de psychologue et de psychanalyste et sur sa fine connaissance de la culture contemporaine pour aborder ce que veut dire faire couple au XXIe siècle. La liberté individuelle est une donnée majeure et la construction d'une vie commune doit la prendre en compte, ainsi que l'exigence de l'épanouissement personnel. On y rencontre parfois une sorte de scepticisme inavoué dont il n'est pas aisé de s'extraire. On imagine pourtant combien il est important que le couple soit un lieu de reconnaissance mutuelle même si cette reconnaissance peut avoir le prix d'un véritable travail voire parfois d'une véritable lutte. Le parcours se veut souvent assez concret par des exemples et permet de bien mesurer toute l'ampleur des défis qui se posent aux couples aujourd'hui.

Le massacre de l'innocent

Michel Farin, Le massacre de l'innocent, Editions Vie Chrétienne, Paris, 20, 17.

Michel Farin est jésuite. Réalisateur, il a animé de nombreuses années l'émission Le jour du Seigneur. Ses réflexions en matière de média sont judicieuses. A travers le triste spectacle des enfants qui sont tués, comme si le massacre des innocents rapporté par saint Matthieu se prolongeait, il élabore une réflexion qui dit à l’œuvre un ennemi de l'humanité. Les textes bibliques permettent de viser les mécanismes en présence pour ce genre de massacre ou de persécutions qui se présentent lorsque l'esprit de puissance prend le pas en l'homme sur l'Esprit créateur que le Seigneur lui propose. L'enjeu est de taille : la paix, le refus de la violence dépendent d'un éclairage sur les mécanismes de la violence. Il s'agit de repérer les conditions qui font pencher l'homme vers la recherche de puissance pour trouver un signal d'alerte et le réveiller à ses devoirs comme celui du  respect envers le petit, envers la fragilité d'une vie. Le thème est important, et par l'allusion à la violence de notre monde, éminemment actuel.

De la vie spirituelle

Bruno Regent, De la vie spirituelle. Repères, Fidélité, Namur, 2017.

Un livre pour grandir en vie spirituelle grâce à quelques principes ou plutôt quelques clés, quelques repères, pour penser c'est-à-dire trouver de quoi éclairer ce que veut dire vivre les relations à soi, aux autres et à Dieu. La vie est ainsi relue à travers une trentaine de thèmes qui cernent l'essentiel. Chaque thème se termine par l'une ou l'autre question ou invitation à une mise en exercice ainsi que par quelques références bibliques. Un guide précieux pour donner des bases de discernement, pour nourrir la parole sur la vie intérieure.

Vous avez dit "pastorale"?

Gaston Pietri, Vous avez dit « pastorale » ? Dire Dieu aux femmes et aux hommes de ce temps, Mediaspaul, Paris, 2017.

Gaston Pietri, prêtre, ancien secrétaire adjoint à la conférence épiscopale de France, entend éclairer la pastorale pour les hommes et les femmes de ce temps. La réflexion sur l'intelligence de la foi évoque les « lieux » théologiques que sont l’Écriture et la Tradition de l’Église mais il ajoute l'actualité : il faut saisir les tournants de l'histoire, repérer en écoutant à la fois la Parole de Dieu et la parole des hommes, que la question de la foi n'est plus seulement une manière de pouvoir répondre, comme dans un catéchisme, à des questions fabriquées à la mesure des réponses. Car il s'agit d'accompagner des sujets avec leurs motivations propres, avec ce qui les traverse et les structure dans une adhésion personnelle qui n'est plus du tout une conformité à une prise de la chrétienté sur une réalité sociale. Le livre abonde en formules claires et perspicaces pour cerner les voies que la pastorale peut emprunter. Il fait allusion à bien des références bibliques et cherche aussi à expliciter ce que sera une Église lieu de rencontre, une Église qui, pour son existence propre, mise sur un « autrement » des rapports humains selon la Bonne Nouvelle du Christ.

Peuple et Maison de Dieu dans l'ecclésiologie de saint Augustin

Joseph Ratzinger, Peuple et Maison de Dieu dans l'ecclésiologie de saint Augustin, Artège – Lethielleux, (Sed contra), traduction de l'allemand par Eric Iborra, Paris, 2017.

Cet ouvrage est la thèse de Joseph Ratzinger soutenue en 1951 à la faculté de théologie de l'Université de Munich. Elle fut publiée en allemand pour la première fois en 1954. Le théologien Gottlieb Söhngen qui dirigeait la thèse pensait que son élève mettrait davantage en évidence la notion de peuple de Dieu. Mais Ratzinger fit valoir que la perspective était plus vaste et que la réflexion sur l’Église devait s'articuler avec des dimensions christologique, eucharistique et pneumatologique. Une force de cet ouvrage tient à la capacité de son auteur d'équilibrer historicisation et actualisation : il parvient d'une part à exprimer les idées clairement en lien avec leur contexte historique. D'autre part, il met en évidence ce qu'un auteur ancien tel que saint Augustin peut avoir de stimulant pour la pensée aujourd'hui. Le travail met en évidence, avec la notion de peuple, le risque d'une lecture sociologique portée par un traitement médiatique surtout dans le bain de la remise en cause de la hiérarchie. Dans sa lecture attentive des Pères, Ratzinger repère que l’Église apparaît chez Augustin, parce que l'unité de l’Église vient de l'amour qui est Dieu, comme un lieu où l'homme vit de la vie de Dieu qu'est l'amour, la caritas. Le futur pape doit aussi éclairer les interprétations possibles de la Civitas Dei. La présence de Dieu-amour est fondement de l'unité des hommes en lui. Cet ouvrage est remarquable de clarté et de rigueur ; il invite à une découverte passionnante des articulations de la pensée d'Augustin dans ce qu'elle peut avoir de fécond pour comprendre l’Église.

Dieu caché, Dieu révélé

Colette Kessler, Dieu caché, Dieu révélé. Essais sur le judaïsme, préface du rabbin Daniel Farhi , postfaces de Marguerite Léna et de Sœur Marie-Louise Niesz, Parole et Silence, Paris, 2017.

La notion de révélation présente sans doute des différences suivant qu'on se situe dans la tradition juive et dans le christianisme. Mais ce livre, qui reprend des écrits de Colette Kessler, donne la conviction que le jeu entre caché et révélé qui sous-tend l'ouverture à la présence divine dans le judaïsme peut être fécond pour revoir ensuite la vie chrétienne selon ce qu'elle donne à voir de Dieu et ce qu'elle accueille comme manifesté du Dieu invisible. On trouve dans ce livre paru chez Parole et Silence nombre d'enseignements destinés à un public chrétien, notamment dans un essai intitulé Dieu caché, Dieu révélé dans le judaïsme reprenant un enseignement que Colette Kessler a donné aux Sœurs de l'Epiphanie de Peyremale. On trouve aussi un magnifique témoignage d'une présence à Dieu dans les fêtes juives qui le célèbrent et réactualisent son action ainsi que dans une vie qui se rend attentive à Lui en scrutant la loi, les prophètes et les psaumes. Qu'il y ait révélation ne veut pas dire qu'il ne faut pas encore et toujours chercher Dieu. Est ainsi lancée une invitation à étudier les textes, à y trouver de quoi renouveler l'attention à Celui qui s'y dit.

Saint Nicolas de Flue

Charles Journet, Saint Nicolas de Flue, Ad Solem, postface du frère Alexis Helg, épilogue de l'abbé Jacques Rimes, Paris, 2017.

En Suisse, 2017 est l'occasion de fêter les 600 ans de la naissance du patron de la nation : Nicolas de Flue. Qui est Nicolas de Flue ? Un paysan dans un canton montagneux d, u centre de la Suisse ; un homme impliqué en politique, chargé d'exercer la justice dans les différends qui opposent les hommes ; un soldat, au contact des passions qui déchirent la jeune nation suisse entre désir d'indépendance et conquête de nouvelles cités. Enfin et surtout, un époux, père de dix enfants, qui avec l'accord et le soutien spirituel de son épouse Dorothée, quitte le monde et se retire dans la solitude d'une vie d'ermite pour répondre à un appel de Dieu toujours plus fort.
L'homme impressionnait par sa recherche de Dieu et par son ascèse. On le considérait comme inspiré par Dieu et on venait donc le consulter au Ranft où il s'était retranché. Charles Journet, auteur spirituel très attaché à la figure du patron de la Suisse, nous en livre un portrait captivant soulignant les traits de la spiritualité de Bruder Klaus en témoin convainquant du rayonnement de ce saint.

Ces fidèles qui ne pratiquent pas assez

Valérie Le Chevalier, Ces fidèles qui ne pratiquent pas assez. Quelle place dans l’Église ? Lessius, (La Part-Dieu), préface de Christoph Theobald, Namur, 2017.

La réflexion menée dans ce livre pose une question , importante dans le contexte d'une moindre fréquentation des églises. Se situant parmi les « pratiquants », l’auteure réfléchit à la place dans l’Église des pratiquants occasionnels. Comment faire communauté quand l'attachement à la communauté et le ralliement à celle-ci ne semble pas de la même intensité ou quand le sens théologique de la communauté ne semble pas être manifesté dans le choix de la rejoindre ?
Une telle réflexion s'imposait.

Le transhumanisme

Xavier Dijon, Le transhumanisme, Fidélité, (Que penser de, 92), Namur, 2017.

Le transhumanisme est une nébuleuse où se retrouvent différentes tendances pas toujours d'accord entre elles. Certaines visent un progrès individuel, d'autres pensent davantage à une amélioration pour l'ensemble de l'humanité. Il s'agit donc d'avoir recours à la technologie pour permettre à l'être humain de faire reculer ses propres limites en modifiant son génome ou en couplant son cerveau avec l'ordinateur, en transformant ses cellules par des matériaux plus solides, ou d'autres démarches encore. Le rapport à la nature, dans le cas d'une prise en main de l'homme par lui-même, est profondément changé puisqu'on refuse certaines limites qu'il représente et qu'on ose certains dépassements. Au niveau théologique, on remarque alors que la liberté accordée par le Créateur à la créature revient pour celle-ci à prendre au moins en partie un rôle de créateur. Il s'agit d'une sorte de religion sans Dieu où la création n'est plus présidée par un Créateur et où le salut, ou ce qui est en reste, ou ce qui masque un réel salut, ne dépend plus de l'attente d'un Sauveur autre que la technique développée par l'homme. On y évoque peu ce qu'est l'esprit et le don que représente chaque personne est complètement ignoré. La condition humaine comprend la fragilité mais aussi une dignité qui ne suppose pas nécessairement d'éliminer cette fragilité : Xavier Dijon montre ainsi dans  quelques réflexions plus philosophiques que le transhumanisme refuse l'humanisme qui naît de la reconnaissance personnelle.